01 juin 2009

ké en mwen ka pèd cadence lé

[Elle est vivante ! Elle est vivante !

Je collerais bien une illustration de la créature de Frankenstein, mais coller une illustration entre des parenthèses, enfin des crochets, car quand je parle ce sont des crochets, bref, s'est déjà révélé périlleux.]

 

 

Cette fille à la voix d'ange... Tiens, appellons-la Angela. Je l'ai rencontrée mercredi matin, neuf heures tapantes, pendant une réunion de labo. Elle avait passé quelques années ici, pour sa thèse je crois, et revenait... je ne sais pas pourquoi, pour quelques jours. Petite, physique plutôt médiocre (un peu de charme ? peut-être - mais je crois que pour un garçon, dire qu'une fille a du charme revient à dire qu'elle est moche - l'inverse pour les filles parlant des mecs, alors). Mais dès qu'elle ouvre la bouche, ah. La fille détient une voix de conteuse. Ou d'enchanteresse. Avec un accent britannique délicieux... Pourtant, je l'ai entendue discuter en allemand avec Petra et il ne me semblait pas avoir décelé d'accent étranger. Alors, germaine ou britonnaise ? On s'en fiche, Angela, pitié, parle encore.
Je pourrais payer pour pouvoir entendre cette voix chaque jour. Ça sonne psychopathe, d'écrire quelque chose pareil. Pourtant... je crois n'avoir jamais ressenti une chose pareille en entendant seulement quelqu'un parler. Être uniquement capable de penser Parle encore, ne t'arrête pas, aligne les mots, on s'en tape que cela ait un sens, remarque tu arrives à avoir la plus belle voix que j'ai jamais entendue et à sortir des raisonnements vachement intelligents, mais parle encore !

Mercredi et jeudi ont été dinguement occupés. Je devais prendre le train à 16h pour arriver à Paris jeudi soir, un entretien à passer vendredi matin pour mon prochain stage. Angela restait jusqu'à vendredi. Mais avec des expériences dans tous les coins, additionnés aux candidatures aux stages et aux documents à rassembler pour le dossier de master, je n'ai plus eu d'occasion de l'entendre. Candidatures aux stages : alors que je discute avec Kazuo de mes différents entretiens, celui du vendredi matin sur la rage, celui de mercredi sur la dengue, il ajoute avec désinvolture que j'ai aussi la possibilité d'effectuer mon stage de M2 au labo. Chose qu'on n'avait jamais discutée et que j'avais donc laissée de côté, restant devant le choix Paris/province/contrée lointaine (récemment, je pensais à l'Australie. Je rêve d'Australie depuis le collège).

 

Crocodile Dundee II.jpg

Alors, pendant mon entretien de vendredi, mes pensées décollent parfois du projet sur la rage pour revenir au labo de Zürich. À mon projet, mon bébé ; à Wilh, Ned, Anton ; à la ville elle-même, la neige en hiver, le lac, les barbecues et les sorties au bord de la rivière en été. Cerveau, reviens à la rage, cerveau, tu envisageras de passer sept mois de plus en contrée suisse plus tard, quand tu seras à plus de quarante centimètres de ta peut-être future boss.
Car ce projet sur la rage se trouve tout à fait intéressant. Et j'ai toujours dit que je choisirais mes stages par rapport au projet. Temps de revenir sur ma parole ? Il me reste plusieurs semaines de réflexion.

 

Samedi, 22h, Kazuo m'envoie un mail. Ma dernière expérience s'est bien déroulée, je peux passer à la suite. Et au fait, il doit me prévenir : Angela a discuté avec Gros Lapin. Elle reviendra au labo en juillet et testera les cibles que j'ai trouvées avec de nouvelles techniques - des techniques qui déchirent sa race, soit dit en passant.

Sous-entendu : Angela reprend ton projet dès que tu te casses, ma poule.

 

Poule.jpg

 

Quoi ?

Excusez-moi, je dois avoir mal esgourdé. Vous trouvez-vous en capacité de répéter la nouvelle à mon ouïe ?

 

Angela reprend mon projet.

 

Moi qui avais tant peur de ne pas avoir le temps de finir, pour ne pas que le projet tombe aux oubliettes, je devrais être contente. Une fille intelligente et expérimentée va prendre la suite, le mener à bien, bébé ne va pas être jeté avec l'eau du bain.

 

Nirvana - Nevermind.jpg

Mais alors : cette proposition de Kazuo ? Était-ce bien une proposition ? Est-ce que je ne me serais pas tout simplement trompée : je pourrais re-postuler pour un stage chez Gros Lapin, mais pas forcément sur mon projet, peut-être avec Kazuo mais pas forcément avec mon bébé, un bébé proche, son frangin peut-être, mais pas mon bébé...
Bam.
Je n'avais pas vraiment envisagé de revenir après juillet.
Si, je l'avais envisagé. Et rapidement chaque fois chassé l'idée, comme on chasse un putain de moustique qui s'approche trop près de l'épaule. Impossible. Même si je n'aime pas tuer les bestioles, tu ne boiras pas de mon sang. Même si j'aurais envie de revenir, j'aimerais faire ce stage en France, et de toutes façons Kazuo ne m'a jamais rien proposé, ne rêve pas.
Et Kazuo proposa (ou pas ?)
Et je laissai le moustique se poser sur mon épaule et commencer à prélever. A+, ce n'est pas très original mais ça a bon goût, pas vrai moustique.

 

Sang - poche.jpg

Et voilà que Kazuo m'annonçait que mon bébé allait tomber dans les mains d'une autre.

Pis, la conteuse à voix mélodieuse se révélait traîtresse.

 

Se répéter pendant des heures que ce n'est pas grave... Que le projet sur la rage est chouette, et prometteur mais ce n'est pas mon bébé. Que non, je ne retournerais pas à Zürich, mais que de toutes façons je ne comptais pas y passer ma vie, pas vrai ? Ça aurait été difficile de rechercher un nouveau logement, ça aurait été difficile d'effectuer ce stage à l'étranger car il aurait fallu des aménagements d'options, ça aurait été difficile de décrocher une bourse de thèse puisque je ne pourrai pas la faire chez Gros Lapin (ou bien ?) Alors, finalement, ça vaut mieux, n'est-ce pas cerveau ?

Cerveau - femelle.gif

Alors, je réponds à Kazuo que j'avais compris, quand il avait formulé sa proposition, que ce serait pour continuer sur mon propre projet ; mais que si Angela le reprenait, ce ne serait pas possible et qu'il fallait qu'on discute de tout ça.

 

Dimanche, aujourd'hui, soir, réponse de Kazuo.

 

Angela revient en juillet, oui. Elle compte continuer avec tes cibles, oui. Elle utilisera ces nouvelles techniques, oui.

Mais elle ne restera que 10 semaines.

Elle effectuera ce travail sans être payée et ce sera peut-être surtout de la mise au point.

 

!!!

 

Si je ne m'abuse, c'est un coming-back de mon bébé. Une remontée en flèche d'Angela dans mon estime.

Et aussi, le signe que mon choix de stage va être terriblement cornélien.

 

 

Corneille.jpg

25 mars 2009

Whistling another tired song

 

Kazuo écoute du jazz.

Ça a mis du temps, mais je crois qu'on a fini par s'apprivoiser, finalement. Je découvre peu à peu des aspects plus personnels, je n'hésite plus à dire quand quelque chose ne me convient et à argumenter, et, oui, j'ai fini par le trouver gentil, sympathique, intelligent, pédagogue, patient : un bon chercheur et un bon superviseur...

Kazuo écoute du jazz, mais instrumental. Moi, je préfère le vocal, largement ; l'instrumental me donne l'impression d'être dans un salon de thé ou dans un ascenseur, une musique d'ambiance, pour combler les blancs sonores inesthétiques. Je n'y connais pas grand-chose, mais il m'est impossible de ne pas être touchée par un bon morceau de Jamie Cullum ou Diana Krall. /D'ailleurs, je trouve dommage que le jazz vocal ait tant donné à l'univers de la pub, notamment pour tout ce qui est supposé être sensuel, parfum, café ou voiture intérieur cuir. Il est triste de penser automatiquement à Carte Noire quand on écoute de la bonne musique./

18 février 2009

Malbrough

Est-ce que vous connaissez cette chanson que j'ai moi-même apprise au solfège, Malbrough s'en va-t'en guerre ?

 

 

Malbrough s'en va-t-en guerre
Mironton, mironton, mirontaine,
Malbrough s'en va-t-en guerre
Ne sait quand reviendra (bis)

Bon, ce n'est pas si grave si vous venez juste de découvrir cette mangnifique partie du folklore français. Puisqu'après tout, ça n'a rien à voir avec le Schmilblick. Le Schmilblick, c'est que je pars en guerre. Pas en Afghanistan avec les 17.000 pauvres gars qu'Obama y envoie (mais comme je ne connais rien à la situation là-bas, je ne peux pas commenter ; je trouve juste ça bizarre, alors qu'on lui avait collé l'image du mec qui n'envoie pas des gars à la boucherie pour rien), ni en Irak, ni nulle part d'ailleurs. Je pars en guerre à Zürich.

Il reviendra-z-à Pâques
Mironton, mironton, mirontaine
Il reviendra-z-à Pâques
Ou à la Trinité (bis)

Pas en vraie guerre, ce serait un peu con. Déjà, j'imagine que vouloir faire la guerre en Suisse est un peu déplacé, ensuite je suis *légèrement* contre la guerre (ce qui peut sembler débile à dire. Sauf quand, ce qui est mon cas, on connaît des pro-guerre), et enfin je n'ai pas vraiment envie de crever tout de suite.

La Trinité se passe,
Mironton, mironton, mirontaine,
La Trinité se passe
Malbrough ne revient pas (bis)

Je pars en guerre morale.

Madame à sa tour monte
Mironton, mironton, mirontaine,
Madame à sa tour monte
Si haut qu'elle peut monter (bis)

Contre Kazuo, qui a fait à ma place la grosse expérience que j'attendais depuis trois semaines. Trois semaines que j'attendais de recevoir le matériel nécessaire pour effectuer ce qui va être à la base de tout le reste de mon stage. Et c'est Kazuo qui m'a volé l'honneur de poser la première pierre : après s'être occupé de la réception de ce qu'on avait demandé, il devait le répartir pour qu'on puisse faire une dizaines d'expériences. Puis, comme il n'y avait pas suffisamment d'espace de travail pour que je puisse manipuler en même temps que lui, il a continué. Puis, il m'a demandé de préparer les cellules nécessaires. Puis, il m'a dit que maintenant qu'il était sur sa lancée, il irait jusqu'au bout. Et il a tout fait... L'expérience pour laquelle j'avais l'impression de m'entraîner depuis des jours et des jours, pour laquelle je le tannais pour savoir quand est-ce que le matos arriverait, la Base (avec un grand B, oui).
Alors, même si j'ai compris les raisons qui ont causé ce chourage d'expérience (lui aussi, il était tout impatient, comme c'est mon superviseur il considère que c'est aussi son projet, le timing s'est un peu mal goupillé, c'était la première fois qu'il faisait ce type de manipulation donc il voulait se faire la main, etc...), j'ai décidé de rester sur le pied de guerre, pour ne plus jamais me faire avoir. M'imposer, pour ne plus jamais que ce genre de situation (moi, frustrée) se reproduise.

Elle voit venir son page,
Mironton, mironton, mirontaine,
Elle voit venir son page
Tout de noir habillé (bis)

Contre l'allemand. Ça sera lui ou moi.

L'allemand avec une minuscule, donc la langue germanophone, pas le Boche.

Lundi, trois nouveaux étudiants sont arrivés au labo pour un stage. Trois étudiants germanophones. Garçons. Avec Anton, ça donne quatre garçons qui parlent allemand dans une même pièce, avec moi en périphérie, la petite Française.

Je vais me battre pour comprendre ce que ces mecs vont se raconter. Imaginez, la vache, elle fait la gueule aujourd'hui la meuf... Au fait, vous avez vu le décolleté de Petra aujourd'hui ?

Ce qui donnerait, en allemand dans le texte :

Gott ! Das Super-Bonnasse Mädchen macht das Maul heute... In der Tatsache, haben Sie Petras Ausschnitt heute gesehen ?

(traduction Reverso. J'imagine que le sens n'est pas exactement respecté...)

Beau page, mon beau page
Mironton, mironton, mirontaine,
Beau page, mon beau page
Quelles nouvelles apportez ? (bis)

Contre la testostérone dégagée par ces quatre mâles. À cinq, on va partager une pièce de 12 m². Les quatre autres sont de jeunes hommes sportifs, donc la concentration d'hormones mâles va grimper en flèche autour de moi.

Ce qui va entraîner, selon Dr House, une surproduction d'hormones de ma part. Avec l'absorption de la testostérone, mes poils vont se prendre pour des séquoias géants et mon corps va vouloir compenser par une production d'hormones féminines qui va me faire ovuler même sous pilule (bon, ok, j'extrapole) et je tomberai enceinte et je devrai abandonner mon stage et ma vie sera fichue.
Il me faut donc lutter.
Je suis en train de chercher des moyens de lutte, mais je ne sais pas à quel niveau je dois m'y prendre. Être le moins possible dans la pièce (alors que c'est là que je fais mes recherches bibliographiques et... tout, sauf mes manips), porter un masque à gaz et un scaphandre, m'habiller tel le garçon pour ne pas éveiller les ardeurs masculines ?

 

Tintin scaphandre.JPG

Aux nouvelles que j'apporte
Mironton, mironton, mirontaine,
Aux nouvelles que j'apporte
Vos beaux yeux vont pleurer (bis)


Je sais qu'il y a encore plein de choses contre lesquelles je vais devoir partir en croisade. Que j'ai oubliées dans cette note, qui apparaîtront demain, un jour ou l'autre.

C'm'on ! I'm ready.

 

Xena.jpg

 

Quittez vos habits roses
Mironton, mironton, mirontaine,
Quittez vos habits roses
Et vos satins brochés (bis)


Monsieur Malbrough est mort
Mironton, mironton, mirontaine,
Monsieur Malbrough est mort
Est mort et enterré (bis)


J'l'ai vu porter en terre,
Mironton, mironton, mirontaine,
J'l'ai vu porter en terre
Par quatre-z-officiers (bis)


L'un portait sa cuirasse
Mironton, mironton, mirontaine,
L'un portait sa cuirasse
L'autre son bouclier (bis)


L'un portait son grand sabre,
Mironton, mironton, mirontaine,
L'un portait son grand sabre
L'autre ne portait rien (bis)


A l'entour de sa tombe
Mironton, mironton, mirontaine,
A l'entour de sa tombe
Romarin fut planté (bis)


Sur la plus haute branche
Mironton, mironton, mirontaine,
Sur la plus haute branche
Un rossignol chantait (bis)


On vit voler son âme
Mironton, mironton, mirontaine,
On vit voler son âme
Au travers des lauriers (bis)


La cérémonie faite
Mironton
La cérémonie faite
Chacun s'en fut coucher (bis)


Les uns avec leurs femmes
Mironton, mironton, mirontaine,
Les uns avec leurs femmes
Et les autres tout seuls !


J'n'en dis pas davantage
Mironton, mironton, mirontaine,
J'n'en dis pas davantage
Car en voilà-z-assez (bis)

 

 

 

(source paroles : Aux petites mains)

05 février 2009

NaHCO3

Gloria, Gloria, Alleluia.

Depuis le week-end de ski, Kazuo a changé de pull, il porte un jean, il a tenté une autre paire de chaussures, il a même osé la chemise.

On claque tous des doigts pour Kazuo ! (Référence : La Blonde contre-attaque...)

Alleluia.jpg
(NON ce n'est pas La Blonde contre-attaque, je l'avoue, j'ai pêché. Mais je n'ai pas trouvé de photos où on voyait Reese Witherspoon claquer des doigts, so what's the point ?)

Pendant ce temps, je défraîchis telle la plante arrosée au bicarbonate de soude.

 

(Bon, c'est une pousse de cynanche arrosée à l'herbicide... Je fais ce que je peux)
(en même temps, il n'y a pas beaucoup de photos de plantes défraîchies sur la Toile, on dirait que les gens préfèrent prendre les plantes en photo quand elles sont en bonne santé, comme c'est étrange)

Gabriele n'est pas venue au labo depuis deux jours (depuis le fameux rêve, donc depuis le moment où j'aurais le plus besoin de quelqu'un d'autre dans cette fichue pièce). Je ris jaune aux blagues des autres, souvent je n'écoute pas et accroche à mes joues un large sourire quand les autres s'esclaffent. Les conversations en anglais me fatiguent, surtout qu'elles ne me concernent pas. Je n'arrive pas à trouver un sujet de conversation à lancer. Hier je n'ai pas manipulé, aujourd'hui j'ai accordé les soins minimaux à mes cellules, je ne fais que lire des articles (et m'ennuyer). À midi, on déjeune le plus souvent dans la cantine du bâtiment de Physique ; comme elle est en travaux, on a l'insigne honneur de manger de la bouffe encore moins bonne que d'habitude dans des assiettes en plastique. Je sors du labo bien après que la nuit soit tombée.
Hier, je suis allée faire un tour dans le bois qui jouxte le campus. Je me suis crue dans un conte de fées ; les arbres ont éclipsé les bâtiments modernes, le chemin s'est couvert de neige glacée, et au croisement sont arrivés... Un berger, sa petite fille et leurs trois chèvres.
J'aimerais y retourner, mais avec un(e) ami(e). J'adorerais y aller avec Gabriele, qui ne reviendra peut-être pas de sitôt. J'aimerais y aller avec Anton, avec qui je suis toujours aussi gênée.
Quand il se trouve dans la même pièce, mon corps devient aussi raide que l'écorce. Quand il regarde dans ma direction, je baisse la tête dans mon sac. Quand il me parle, je réponds en bafouillant. C'est affreux, affreux, affreux, affreux. J'adore ce garçon et je déteste être en sa compagnie.

Je me suis rendu compte tout à l'heure de tout ce qui me manquait. Gabriele me manque. La chaleur me manque. Les couleurs me manquent ; la Suisse, c'est joli, mais en hiver les couleurs sont délavées, comme si elle était restée trop longtemps dans le lave-linge. Ma famille et mes amis me manquent. Paris me manque.

Pourtant, j'aime être ici.

Mais quand on ne s'y amuse pas, Zürich est terne...

 

DSC03169.JPG

29 janvier 2009

Sur la liste

Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas, dit le dicton - ou Pierce Brosnan dans Mrs Doubtfire.

Pierce Brosnan - Mrs Doubtfire.jpg
"Mais au fait, quel est votre nom ?
Mon nom ? Oh ! Je croyais vous l'avoir dit...
Hé bien, je m'appelle, heu... Doubtfire ! Mrs Doubtfire, très chère."

Ce n'est pas vrai, évidemment. L'une des choses les plus importantes qu'on apprend en biologie c'est que dans la Vie, il n'y jamais de 100%. Il y a des gens qui ne changent pas, jamais. Ou il y a des gens qui changent en surface, mais restent les mêmes en profondeur.
Mais la majorité des gens, y compris les imbéciles, change... Ou plutôt, évolue.


Découvrez Lou Reed!

Cette évolution peut être naturelle, ou provoquée. Par des événements plus ou moins graves ou... d'autres gens. Tout comme certains reviennent transformés de leur voyage au Népal ou au Pérou, j'ai l'impression d'être façonné par certaines rencontres.

Pour moi, le titre "homme/femme de ma vie" (article en partie inspiré par aWa) peut être attribué à toute personne qui a changé notre façon d'être alors qu'on ne s'y attendait pas. En général, on s'attache à cette personne, sans vraiment savoir pourquoi au juste. Pas vraiment un(e) ami(e) ou un(e) amoureux(se) ; pourtant cette personne est spéciale et peut passer avant de vrais amis. Je crois que ce qu'on doit à une telle personne reste de longues années, voire toute une vie ; c'est le genre de personnes dont on sait qu'on dira à ses petits-enfants, Ah, lui... avec les yeux dans le vague et un petit sourire ancré à la joue.

Grand-Mère Feuillage.jpg
Qué, qué, naturura, un jour tu verras...
Viens mon enfant, je vais te conter l'histoire de Pocahontas et John Smith !

Par (ma) définition, les hommes/femmes de ma vie ne sont pas nombreux.

Pour l'instant, je ne vois pas grand-monde : Romain(c'est sûr), Célimène, Ricardo (pourquoi pas), ma prof de génétique de l'année dernière ; ma grand-mère maternelle ; je ne peux pas compter Poulet, il ne rentre pas dans la définition. /Je suis sûre que j'aurais envie de rajouter plein de gens dès demain et que je me sentirai bête de ne pas les avoir comptés. On verra plus tard, donc./

J'ai comme qui dirait l'impression que ma liste va s'agrandir bientôt.

Je sens comme qui dirait une connexion particulière avec Anton, un des étudiants arrivé en même temps que moi. Je ne sais pas vraiment ce qui me fait dire ça, mais il y a un truc, pas encore définissable. Déjà, quand je le vois, je suis toujours de bonne humeur, ce qui n'est pas négligeable pour une fille qui s'identifie à Grincheux. Ensuite, il a toujours les yeux qui brillent, comme s'il était un peu fiévreux, j'adore ça (j'adore les gens avec l'air fiévreux... Qu'ils soient mômes, de mon âge ou grand-parents... Je ne peux pas tomber amoureuse d'Anton, il met du gel. Je ne tombe jamais amoureuse des garçons qui mettent du gel.) Et je sens que si je ne pousse pas la relation au maximum (moi, l'ermite sociale) je le regretterai longtemps - et amèrement. /Je crois que je viens de trouver un de mes mots préférés de la langue française, amer/amère. J'aime beaucoup garçonne, aussi./

Est-ce qu'on peut être amis sans parler la même langue ? Ma tante, française, s'est mariée avec un néerlandais et leur couple dure depuis... Mais quand on est amoureux, on a d'autres façons de communiquer aussi. L'amitié, ça passe quand même beaucoup par les paroles. /Là, je veux bien un témoignage de vraie amitié inter-nationalité, si vous avez ça sous la main./

J'essaie un peu de comprendre pourquoi c'est tombé sur lui.

Je pense qu'il y a de grandes chances que je me plante et qu'Anton régresse de mon point de vue au commun des mortels. Qui sait...

***

À part ça, quelques nouvelles pour poursuivre sur les billets précédents :

J'ai eu mes cellules ce soir. J'ai pu me faire deux boîtes de Pétri (cf. note précédente) pour les cultures et une boîte pour les expériences. Je pourrai les infecter avec mes virus demain matin. Enfin !!

Quand je disais que les chercheurs de ce labo y passaient leur vie, j'étais encore en-dessous de la réalité. Tout à l'heure, Kazuo me sort Ah, ces résultats-là, ça vient de l'expérience que j'ai menée dimanche. Tu étais au labo dimanche ? (interloquée, j'étais) Bah oui, je t'ai envoyé un mail à 22h ! Résultats des courses : Kazuo était au labo dimanche de midi à 23h.

Discutant avec Anton et Gabriele, on plaisante sur le fait qu'on devrait voler des coussins à la caféteria pour pouvoir dormir dans notre salle. Et là, magistralement, intervention d'Anton : sinon, il y a le canapé au troisième étage... j'ai dormi là, la fois où j'avais une expérience jusqu'à 3h30. Votre Servitrice (moi) : 3h30... in the morning ? (interloquée, j'étais de nouveau). Hé oui. Je vais bientôt pouvoir amener mon sac de couchage au labo.

26 janvier 2009

Good night... and good luck

Je me suis rendu compte ce soir que j'avais raté un truc énorme au labo. À Armand, qui se plaignait de sortir tard le soir, vers 18h30-19h, j'ai répondu que pour l'instant, comme je ne manipulais pas, je sortais plus tôt, vers 17h30, mais quand je manipulerais je sortirais sans doute à la même heure que lui.

C'était pendant ma pause, l'échappée que j'avais prise sans demander la permission à qui que ce soit. Kazuo venait vraiment de me saouler. Je ne manipulais pas encore parce que je devais avoir une introduction au travail avec les virus ; introduction que j'ai eue ce matin-même. Pour étudier le virus, il faut des cellules, une responsable nous en avait donné jeudi. Je vais voir Kazuo pendant qu'il entretiens les siennes, il a presque fini ; il met dans un tube le surplus de cellules, dont il ne se servira plus. Est-ce que la responsable t'a donné des cellules ? Oui, mais je vais vérifier qu'elles sont toujours là... J'ouvre l'incubateur et retrouve mes cellules. Kazuo jette donc son tube inutile. Au moment où je rouvre l'incubateur pour remettre ma boîte de cellules : Oh, tes cellules étaient stockées dans l'incubateur utilisé pour les expériences, d'habitude il faut les mettre dans celui utilisé pour la culture... Là, il prend l'air embêté qu'empruntent les lâches quand ils savent qu'à cause d'eux, on est un peu dans la merde. (Connaissant pertinemment la réponse (bis), je lâche un :) Je dois les jeter, c'est ça ? (air embêté, le retour) Je préférerais, oui. (Connaissant pertinemment la réponse (bis), je tente un :) Quand est-ce que je pourrais prendre de tes cellules ? Il faut attendre qu'elles se divisent... Jeudi...
Argh ! J'aurais pu commencer mes manipulations aujourd'hui s'il avait regardé d'où je sortais mes cellules, ou juste attendu trois secondes de plus pour jeter son tube. M'énerve ! M'énerve ! Je pourrai commencer jeudi ; jeudi, mon 9ème jour de stage. Merci Kazuo, c'est pas que je m'emmerde à ne faire que lire des articles, mais un peu quand même, tu vois.

Ah non je me goure ! Ça, c'était la bourde de ce matin, avant que je doive partir en réunion super chiante en banlieue.

Cet après-midi, pendant que je digérais la peine prolongée au purgatoire, l'horrible réunion et mon sandwich au saumon, je vais voir Kazuo pour lui demander de la lecture puisque je n'avais que ça à faire. On discute de mon projet, tout ça, il rechigne à me passer son Power Point explicatif (m'énerve !), puis il me dit que dans quelques minutes il va procéder à l'injection des ARN dans les cellules et qu'il m'appellera pour que je puisse regarder. Je réintègre mes pénates, ou plutôt la salle informatique dans laquelle les étudiants doivent se faire une place et commence à lire, quand Petra, une fille (trop) parfaite comme je n'en avais jamais connue (jolie, blonde, les yeux bleus, mince, toujours souriante, toujours à l'aise, toujours gentille, et forcément intelligente puisqu'elle est en thèse ici), vient me proposer un goûter à base de muffins avec les autres (je vous l'avais dit : (trop) parfaite), dans la salle à côté. La porte est à 1m de la porte de ma salle habituelle.
Au bout d'un quart d'heure, toujours pas de Kazuo. J'ouvre la porte de la salle de culture cellulaire : il est là, en train de manipuler. Je passe ma blouse et entre dans la salle. Regard gêné de Kazuo. Tu as déjà fini, c'est ça ? Oui, je viens juste de finir.
Râââââh mais achevez-le, bon sang de bonsoir ! Il n'est jamais là quand j'ai besoin de lui et il n'est même pas fichu de venir me chercher comme il l'avait promis !
M'énerve !

Mouton à moitié tondu.jpg

(Revenons à nos ovins.)

J'aime bien aller voir Armand, parce que je peux sortir par l'arrière de mon bâtiment pour rejoindre le sien, à deux pas ; l'arrière du bâtiment touche le bois. /Oui, on le saura que tu aimes les arbres et la Nature... Arrête de nous les briser.../
Beaucoup de chercheurs de son équipe parlent français. On discutait depuis 10 minutes quand un gars arrive et sort à Armand, d'un ton vindicatif et avec un accent français à couper au couteau : Who is she ? Oh, c'est une amie de la fac qui fait un stage en même temps que moi, répond Armand. Je suis dans l'unité de Gros Lapin, juste en face, ajoute-je.  Et là, le gars lui sort qu'Armand aurait pu l'informer, qu'il doit savoir exactement qui est présent dans le bâtiment, qu'il y a des gens qui viennent voler des choses, que même si c'est son grand-père qui vient le voir, Armand doit le prévenir. Primo, qu'est-ce qu'il y a à voler ici, à part des pipettes et des bactéries ? Qui viendrait voler des trucs pareils, on a les mêmes en face ? Deuxio : est-ce que j'ai vraiment une tronche à venir subrepticement chouraver des boîtes de Pétri ?

 

(une boîte de Pétri c'est ça : )

Boîte de Pétri.jpg
(article intéressant de l'INRA sur les levures du pain...)

Revenant à mon propre boulot, je découvre que je peux accéder aux ordinateurs avec le mot de passe que m'a donné l'Université. Chouette. J'installe Chrome sur l'ordinateur uniquement doté d'IE (IE =  Evil) (et ça faisait un bail que je voulais tester Chrome) et je commence des recherches Internet parallèles à mes lectures.

Le temps passe, je trouve des bons articles, j'aimerais aller demander des renseignements à Kazuo mais je sais très bien que dans ce domaine il en sait autant que moi (et puis il m'énerve trop). Je me rends compte que la femme qui donnera une conférence jeudi prochain dans mon bâtiment, qui vient de Jussieu, a écrit un article centré exactement sur les papiers qui m'intéressent en ce moment.
Le temps passe, je vois Anton mettre son blouson. Tu pars ? Non, je vais chercher à manger.
Un groupe de chercheurs passe dans le couloir. On vient chercher à manger, tu viens ? Non, je vais partir bientôt je pense... L'ordinateur indique 18h45. Je viens de battre mon record.
Je décide d'attendre Anton pour partir. Gabriele s'en va, étonnée que je reste aussi longtemps ; pour une fois, j'ai envie de finir ce que j'ai commencé.
Anton revient en même temps que le groupe de chercheurs. 19h20. Bah ? Pas encore partie ?
Finalement, je quitte le labo à 19h45. Dehors, il fait nuit noire. Anton et quelques autres sont restés, penchés sur leurs ordinateurs ou leurs papiers.
Sur le chemin, je croise Kazuo, portant fièrement un sandwich et un Coca.

C'est donc ça qui m'attend ?

Arriver au labo à 9h a.m., en repartir à 9h p.m. ?

Lire, manipuler, lire, manipuler, une demi-heure pour déjeuner, on recommence, on prend un sandwich, on recommence, on rentre chez soi pour se coucher et... On recommence encore ?

Dieu du Ciel ! Je comprends maintenant pourquoi plein de chercheurs soutiennent qu'une vie de chercheur est incompatible avec une vie de famille.

Chercheur.jpg

(heureusement que l'arrivée du fils dompteur de dragons de Ricardo est là pour me fournir un contre-exemple)

24 janvier 2009

Alpinisme

Les différentes relations entretenues avec les gens du labo m'avaient fait oublier la drogue du chercheur.
Une drogue sans danger, qui fait planer haut, très haut, pendant plusieurs jours, qu'on ne fait ensuite que chercher à retrouver :

les résultats !

Mettre au point des expériences, essayer de deviner le pourquoi du comment, réaliser les expériences - parfois sur plusieurs jours, plusieurs semaines... La recherche, c'est un peu comme escalader une montagne (attention, je m'enflamme). Pour arriver au sommet, il faut en chier (bonjour à la personne arrivée ici en tapant "apprendre à chier"), mais c'est déjà une partie du plaisir.

D'ailleurs, Poulet m'a dit que la concierge de la cousine germaine de son meilleur poto Freud avait dit que le plaisir ressenti en faisant caca était égal à un tiers d'un orgasme.

Sigmund Freud.jpg

La question est maintenant, parlait-il de l'orgasme masculin ou féminin ? Dans le dernier cas, vaginal ou clitoridien ? (Le point G existe-t'il vraiment, ou comme J. me l'a fait supposer n'est-il qu'une pure mystification inventée par le mâle en rut pour pouvoir trifouiller dans la cave ?)
Et Sigmund a-t'il énoncé sa théorie un lendemain de repas bio et équilibré, ou bien après avoir mangé une raclette ?

Raclette.JPG
(le slogan de la société Raclette Suisse, dont les publicités habillent les panneaux zürichois.
Tout à coup, j'ai faim)

Revenons à nos moutons...

mouton.jpg

Depuis quelques jours, au labo, je m'ennuyais un peu ; je n'ai pas encore l'autorisation de manipuler des virus, je dois attendre de subir une formation, la semaine prochaine. J'assiste à toutes les présentations et conférences données dans l'unité, je lis des articles, je suis l'assistante personnelle de Kazuo pour ses manipulations en cours - ce qui lui permet de vérifier ce que je sais, de m'apprendre à manipuler comme il faut, et ce qui me permet à moi de comprendre ce qu'il fait.

Vendredi soir, révélation d'un Western-Blot qu'on avait commencé mercredi. Une seule manipulation en cours donc, et ce qui prend le plus de temps ne sont pas les étapes mais le temps d'attente entre chaque (entre une heure et deux heures et demie).
Enfin, dans la chambre de révélation (avec la faible lumière rouge donc... Toujours aussi gênant), l'impression photo sort. Cinq bandes noires au même endroit, de plus en plus grandes, le genre d'images qu'on voit dans les vrais articles scientifiques.
L'adrénaline monte, ce qu'on observe est bon, très bon, l'hypothèse de Kazuo est en bonne voie d'être vérifiée, toute la manip' n'a pas été inutile.
C'est aussi un pas dans la connaissance qu'on recherche. À la base, une question. Élaboration de manipulations pour essayer d'y répondre. Un résultat arrive, (on est en bonne voie, c'est génial,) apportant lui aussi d'autres questions...
Ce qu'on observe est-il bien dû à ce qu'on pense, ou bien est-ce une réaction de défense de la cellule, pas très contente de se faire infecter ?

Pour l'un ou l'autre : pour quoi ? Comment ?
Ce qui amène toujours à d'autres expériences...

Le cercle virtueux de la drogue !

Droooogue.jpg