23 novembre 2009
Les points sur les A
Lundi, pluvieux, plus de cours. Dans huit jours, si tout va bien, je travaillerai à nouveau sur le virus Influenza. Il semblerait que le moment soit parfait pour se faire vacciner.
Dans mon cursus, axé sur la virologie, et pendant lequel on nous a beaucoup parlé de vaccins, on nous a assuré que le vaccin contre la grippe mexicaine était fiable. Efficace (on m'a dit 95%) et sûr (même recette que les vaccins anti-grippaux habituels). [Je dis grippe mexicaine parce que les expressions grippe A, grippe A H1N1, grippe porcine, nouvelle grippe, n'ont aucun sens. Beaucoup de grippes qui nous infectent sont des grippes de type A. Une grande part de ces A, des H1N1 (une grippe saisonnière sur deux ces dernières années, environ). La grippe de 1918 (dite espagnole) était une A/H1N1. Je ne dis pas grippe porcine parce qu'on n'est pas des cochons (les hommes, si, mais perso je suis encore loin d'arborer la queue en tire-bouchon). Nouvelle grippe, me faites pas rire, y en a tous les ans. Cette souche a été identifiée au Mexique, je l'appelle souche mexicaine. (Et "grippe A/H1N1/2009, c'est trop chiant à écrire.)]

Je ne vais pas travailler directement sur la souche de grippe mexicaine ou sur la saisonnière de cette année, mais sur une souche de synthèse faite à partir de deux souches différentes (une du Japon et une de Porto-Rico). Ce qui est marrant avec le virus Influenza, c'est que les 8 parties d'un génome peuvent s'interchanger avec des parties d'un autre génome, pour donner une souche différente. De façon remarquable, la grippe mexicaine provient de 3 souches différentes qui se sont mélangées chez un cochon (personne ne sait ce qu'il est advenu dudit cochon, pauvre de lui).



À mon avis, toute personne qui a possibilité d'infecter des personnes à rique (des vieux, des défaillants, des petits) a le devoir de se faire vacciner. "Ce n'est qu'une grippe", mais la grippe peut tuer les faibles.
Et les personnes qui peuvent servir d'incubateurs géants pour des virus qui veulent se mélanger (les coquins), aussi.
Je me suis donc rendue au centre de vaccinations 'grippe mexicaine' le plus proche de chez moi (d'après Google Maps, 1,2 km). Les 12 centres parisiens ont été installés dans des gymnases.
Cinq personnes avant moi attendent d'être 'orientées'. Une femme, deux parents avec une poussette contenant un bébé mignon, un homme, un autre homme. Le couple de parents assure à l'homme devant moi qu'on leur a parlé d'une heure et demie de queue. Oups. J'ai mon magazine et mon lecteur mp3, mais patienter au milieu de bébés qui braillent... L'homme devant moi peste. À la télé, il a entendu que les centres étaient quasiment vides et qu'il serait accueilli comme le Messie. Je lui dis qu'il y a l'air d'avoir peu de médecins disponibles pour les entretiens et que ceux-ci doivent prendre du temps.
Quelques minutes plus tard, après qu'il m'ait demandé un milliard de fois si j'avais une convocation (non) pour se rassurer, c'est au tour de l'homme devant moi. On lui répond que sans convocation, il ne peut pas se faire vacciner. Flûte, moi non plus alors. Mais je suis pharmacien, je devrais me faire vacciner, regardez : j'ai mon badge... Et la fille de l'accueil de lui expliquer le problème : sans convocation, il faut imprimer une feuille spéciale, pour la traçabilité des lots (sécurité oblige). Le seul problème c'est... qu'il n'y a plus d'encre dans l'imprimante.
Pas de bras, pas de chocolat.
Pas de cartouche d'encre, pas de vaccin !
(Bon, dans les prochains jours, ils devraient disposer de nouveaux formulaires, quand même...)
17:18 Publié dans J'adoooooore la Science | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : grippe, influenza, vaccin, virus
23 juin 2009
Saint-Putois, priez pour nous
Bienvenue dans le Pays de la Prise de Tête.
Bien évidemment j'ai été auto-nommée Présidente de cette nouvelle République dictatoriale.
Han, nan, ça pue du cul (oui maman, ça pue du cul, j'ai le droit de le dire, c'est mon blog (non ma mère ne lit pas mon blog, oui elle n'apprécie pas du tout que je dise "ça pue du cul", peut-être à cause de l'assonance ?)) d'être Présidente.
Je suis la Reine.
En tant que Reine, je déclare que la séance du jour s'ouvrira sur cet extrait des paroles de la chanson des Fatals Picards "Le Putois" :
[...]
moi...
J'aime le putois
J'aime le putois
Il est franc il est droit
Oui j'aime le putois
J'aime le putois
J'aime le putois
En son nom je me bats
Oui j'aime le putois
[il est toujours joyeux !]
[...]
Commençons la Prise de Tête du Jour.
(Attention, ça cause boulot.)
Vous avez d'un côté, une proposition de stage et thèse dans un laboratoire plus qu'honorable, voire bon, voire très bon, de la région parisienne, à la presque-campagne. Le sujet, bougrement intéressant, porte sur un secteur que la Reine a toujours voulu étudier en Science, et permettrait d'utiliser des techniques chouettes - bien qu'usuelles. (Trop usuelles.) Le virus est cool - vous savez, ce virus qui vous est transmis par un renard dégueu, atteint les neurones, vous fait baver et donne envie de mordre votre prochain tout en vous rendant l'eau totalement répugnante (ce qui fait que vous pouvez crever de plusieurs façons, cerveau explosé, noyé dans votre bave, mort de soif, ou abattu par les services vétérinaires), et ce serait bien de changer de virus. De toutes façons, la grippe, maintenant que tout le monde l'a, ça a perdu tout son intérêt. (SNOB).
De l'autre côté, vous avez un stage proposé par Gros Lapin et Kazuo. Continuer mon projet, mais avec la technique qui déchire sa race. Mais sans doute pas de poursuite avec la thèse.
Donc, pas tellement de nouvelle eau apportée au moulin, si ce ne sont les éclaircissements d'un de mes anciens profs, plus ceux du jury de M2.
D'après eux, faire un stage à l'étranger n'est pas handicapant pour la thèse, tant qu'on anticipe. Qu'on commence à chercher un labo suffisamment tôt pour ne pas être à la traîne, ensuite.
Et surtout : "Vous êtes dans le meilleur labo sur ce sujet. On vous propose de rester, de recommencer un stage. Vous imaginez mieux sur une carte de visite ? Si j'étais vous, je foncerais." ("Pour la thèse, vous aurez encore le temps de voir venir.")
Mais : avis contraire de J., potesse de fac attitrée et surtout major de promo devant l'Éternel (mon berger), grande planificatrice de sa carrière. Avis contraire de Poulet. Avis contraire de Ricardo. Avis contraire de la chercheuse du labo de la presque-campagne.
Pour une foule d'arguments divers et (a)variés : moins de places disponibles pour la thèse, donc moins de choix ; impossible de "tester" le labo avant de s'engager pour trois ans ; délai de temps trop court pour se préparer au concours des écoles doctorales et décrocher la bourse ; trois ans de thèse seulement, peut-être trop peu pour le boulot qu'il y a à faire.
Alors, nous avons d'un côté le jury de mon master, associés aux chercheurs de mon labo actuel, vs. les étudiants et les chercheurs en poste (donc moins habitués à conseiller les étudiants, mais sachant ce qu'ils désirent).
Par-dessus tout ce mic-mac, les pensées personnelles, dans lesquelles j'aimerais pouvoir m'empêcher de m'aventurer. La jungle. Des lianes dans tous les sens, des ronces, des singes hurleurs, des fruits trop mûrs dont l'odeur tourne la tête, des araignées venimeuses.
J'essaie de résumer tout ça à la questions simple. Si un de tes amis devaient choisir entre 7 mois d'excellence (et une suite moins assurée...) ou 4 ans de "bon-voire-très-bon", que lui conseillerais-tu ?
Vachement simple, merci cerveau, je suis bien avancée.
S'ensuivent trente minutes de brain-storming, les doigts dans le beurre de cacahuètes.
[Les sujets du Royaume de la Prise de Tête ont aussi droit à du beurre de cacahuètes. Beurre de cacahuètes à volonté pour les sujets du Royaume de la Prise de Tête ont aussi droit à du beurre de cacahuètes.]
Si j'étais vous, je foncerais... Nan, trop galère...
Carrière internationale... Excellence... Flou... Incertitude...
Si tu te plantes tu finiras sans diplôme et sans argent et sans copain (ou copine, si je puis me permettre) et des pustules plein la face et tu passeras à "La Vraie Vie des Gens" à 17h30 sur France je-sais-pas-combien, dans la thématique "elle avait tout, elle devait choisir, elle s'est gourée, et paf". (Tiens, comme l'histoire de Paf-le-chien, vous connaissez Paf-le-chien ?)
J'ai 20 piges, bordel.
Le seul problème auquel j'ai envie de réfléchir, c'est "est-ce que j'essaie de me teindre les cheveux ? Roux, rouge ou rose ?"
Vraiment trop galère... Franchement, si j'étais vous, je foncerais...
La séance Prise de Tête du jour est levée.
Merci de votre visite, n'oubliez pas de remettre les pots vides de beurre de cacahuètes près du frigo. Avant de quitter la pièce, entonnez avec moi les paroles de la chanson de Mo-Do "Eins, Zwei,Polizei" :
Eins, zwei, Polizei,
Drei, vier, grenadier'
Fünf, sechs, alte hex'
Sieben, acht, gute Nacht.
Neun, zehn, auf Wiedersehen!
Oh, oh, oh, oh, oh
...
Ja, ja, ja, was is' los, was ist das ?
20:45 Publié dans Boulot, J'adoooooore la Science | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : labo, boulot, choix, stage, thèse, prise de tête
01 juin 2009
ké en mwen ka pèd cadence lé
[Elle est vivante ! Elle est vivante !
Je collerais bien une illustration de la créature de Frankenstein, mais coller une illustration entre des parenthèses, enfin des crochets, car quand je parle ce sont des crochets, bref, s'est déjà révélé périlleux.]
Cette fille à la voix d'ange... Tiens, appellons-la Angela. Je l'ai rencontrée mercredi matin, neuf heures tapantes, pendant une réunion de labo. Elle avait passé quelques années ici, pour sa thèse je crois, et revenait... je ne sais pas pourquoi, pour quelques jours. Petite, physique plutôt médiocre (un peu de charme ? peut-être - mais je crois que pour un garçon, dire qu'une fille a du charme revient à dire qu'elle est moche - l'inverse pour les filles parlant des mecs, alors). Mais dès qu'elle ouvre la bouche, ah. La fille détient une voix de conteuse. Ou d'enchanteresse. Avec un accent britannique délicieux... Pourtant, je l'ai entendue discuter en allemand avec Petra et il ne me semblait pas avoir décelé d'accent étranger. Alors, germaine ou britonnaise ? On s'en fiche, Angela, pitié, parle encore.
Je pourrais payer pour pouvoir entendre cette voix chaque jour. Ça sonne psychopathe, d'écrire quelque chose pareil. Pourtant... je crois n'avoir jamais ressenti une chose pareille en entendant seulement quelqu'un parler. Être uniquement capable de penser Parle encore, ne t'arrête pas, aligne les mots, on s'en tape que cela ait un sens, remarque tu arrives à avoir la plus belle voix que j'ai jamais entendue et à sortir des raisonnements vachement intelligents, mais parle encore !
Mercredi et jeudi ont été dinguement occupés. Je devais prendre le train à 16h pour arriver à Paris jeudi soir, un entretien à passer vendredi matin pour mon prochain stage. Angela restait jusqu'à vendredi. Mais avec des expériences dans tous les coins, additionnés aux candidatures aux stages et aux documents à rassembler pour le dossier de master, je n'ai plus eu d'occasion de l'entendre. Candidatures aux stages : alors que je discute avec Kazuo de mes différents entretiens, celui du vendredi matin sur la rage, celui de mercredi sur la dengue, il ajoute avec désinvolture que j'ai aussi la possibilité d'effectuer mon stage de M2 au labo. Chose qu'on n'avait jamais discutée et que j'avais donc laissée de côté, restant devant le choix Paris/province/contrée lointaine (récemment, je pensais à l'Australie. Je rêve d'Australie depuis le collège).

Alors, pendant mon entretien de vendredi, mes pensées décollent parfois du projet sur la rage pour revenir au labo de Zürich. À mon projet, mon bébé ; à Wilh, Ned, Anton ; à la ville elle-même, la neige en hiver, le lac, les barbecues et les sorties au bord de la rivière en été. Cerveau, reviens à la rage, cerveau, tu envisageras de passer sept mois de plus en contrée suisse plus tard, quand tu seras à plus de quarante centimètres de ta peut-être future boss.
Car ce projet sur la rage se trouve tout à fait intéressant. Et j'ai toujours dit que je choisirais mes stages par rapport au projet. Temps de revenir sur ma parole ? Il me reste plusieurs semaines de réflexion.
Samedi, 22h, Kazuo m'envoie un mail. Ma dernière expérience s'est bien déroulée, je peux passer à la suite. Et au fait, il doit me prévenir : Angela a discuté avec Gros Lapin. Elle reviendra au labo en juillet et testera les cibles que j'ai trouvées avec de nouvelles techniques - des techniques qui déchirent sa race, soit dit en passant.
Sous-entendu : Angela reprend ton projet dès que tu te casses, ma poule.

Quoi ?
Excusez-moi, je dois avoir mal esgourdé. Vous trouvez-vous en capacité de répéter la nouvelle à mon ouïe ?
Angela reprend mon projet.
Moi qui avais tant peur de ne pas avoir le temps de finir, pour ne pas que le projet tombe aux oubliettes, je devrais être contente. Une fille intelligente et expérimentée va prendre la suite, le mener à bien, bébé ne va pas être jeté avec l'eau du bain.

Mais alors : cette proposition de Kazuo ? Était-ce bien une proposition ? Est-ce que je ne me serais pas tout simplement trompée : je pourrais re-postuler pour un stage chez Gros Lapin, mais pas forcément sur mon projet, peut-être avec Kazuo mais pas forcément avec mon bébé, un bébé proche, son frangin peut-être, mais pas mon bébé...
Bam.
Je n'avais pas vraiment envisagé de revenir après juillet.
Si, je l'avais envisagé. Et rapidement chaque fois chassé l'idée, comme on chasse un putain de moustique qui s'approche trop près de l'épaule. Impossible. Même si je n'aime pas tuer les bestioles, tu ne boiras pas de mon sang. Même si j'aurais envie de revenir, j'aimerais faire ce stage en France, et de toutes façons Kazuo ne m'a jamais rien proposé, ne rêve pas.
Et Kazuo proposa (ou pas ?)
Et je laissai le moustique se poser sur mon épaule et commencer à prélever. A+, ce n'est pas très original mais ça a bon goût, pas vrai moustique.

Et voilà que Kazuo m'annonçait que mon bébé allait tomber dans les mains d'une autre.
Pis, la conteuse à voix mélodieuse se révélait traîtresse.
Se répéter pendant des heures que ce n'est pas grave... Que le projet sur la rage est chouette, et prometteur mais ce n'est pas mon bébé. Que non, je ne retournerais pas à Zürich, mais que de toutes façons je ne comptais pas y passer ma vie, pas vrai ? Ça aurait été difficile de rechercher un nouveau logement, ça aurait été difficile d'effectuer ce stage à l'étranger car il aurait fallu des aménagements d'options, ça aurait été difficile de décrocher une bourse de thèse puisque je ne pourrai pas la faire chez Gros Lapin (ou bien ?) Alors, finalement, ça vaut mieux, n'est-ce pas cerveau ?

Alors, je réponds à Kazuo que j'avais compris, quand il avait formulé sa proposition, que ce serait pour continuer sur mon propre projet ; mais que si Angela le reprenait, ce ne serait pas possible et qu'il fallait qu'on discute de tout ça.
Dimanche, aujourd'hui, soir, réponse de Kazuo.
Angela revient en juillet, oui. Elle compte continuer avec tes cibles, oui. Elle utilisera ces nouvelles techniques, oui.
Mais elle ne restera que 10 semaines.
Elle effectuera ce travail sans être payée et ce sera peut-être surtout de la mise au point.
!!!
Si je ne m'abuse, c'est un coming-back de mon bébé. Une remontée en flèche d'Angela dans mon estime.
Et aussi, le signe que mon choix de stage va être terriblement cornélien.

00:45 Publié dans Boulot, J'adoooooore la Science | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : labo, angela, kazuo, choix, stage, projet, poule
18 avril 2009
Raviolis au homard
Il est 20h et je suis encore au labo. J'ai la loose, un peu.
Il est 20h, je suis encore au labo, mais surtout je suis la dernière ici ; en semaine, il y a toujours quatre ou cinq personnes qui restent le soir, souvent Anton, souvent des thésards sympa qui trouvent toujours le moyen de me charrier en me disant que si je reste aussi tard, c'est parce que je n'ai pas de maison.
Le vendredi, je ne sais pas trop pourquoi, tout le monde met un point d'honneur à partir tôt ; ce que je comprendrais si l'argument du week-end était valide, mais on a affaire à des chercheurs qui reviennent souvent bosser le samedi ou le dimanche.
Je suis la dernière ici, de mon équipe de recherche, de l'étage, peut-être même du bâtiment, et je me sens seule au monde. J'ai des temps d'attente assez conséquents entre chaque manipulation, le temps que les anticorps se fixent à leurs cibles respectives, et pas de recherches à faire. Pendant mes premiers mois, je m'occupais souvent en lisant le maximum d'articles sur mon sujet. Mais c'était en attendant que le matos qui me permettrait de réaliser mon projet arrive des Stazunis, essayer de m'occuper l'esprit en peaufinant le projet ou trouver des voies alternatives ; à présent je suis une sorte d'encyclopédie humaine de mon sujet et de tous les mécanismes connexes et mon projet n'est plus à peaufiner, le matos étant arrivé vendredi dernier (j'ai d'ailleurs failli me mettre à poil pour aller danser dans la forêt pour célébrer l'atterrissage du colis FedEx sur le bureau de Kazuo).
Si j'étais une blogueuse de l'extrême, je pourrais faire un compte-rendu live de ces minutes qui s'égrènent lentement. Je pourrais partager avec les gens de l'Internet et les terrasser d'ennui. Je pourrais aussi me créer un compte Twitter, tiens. Est-ce que c'est pour ça que le Twitter a été créé ? Pour que les gens qui s'emmerdent puissent montrer au monde qu'ils s'emmerdent - puisque quand on ne s'emmerde pas, on ne prend pas deux minutes pour le crier à l'Univers - mais où se trouve la fierté à s'emmerder et à raconter qu'on est en train d'attendre la fin de la cuisson de ses poivrons farcis ?
20h. "Il est 20h et je suis encore au labo. J'ai la loose, un peu."
Je décide de répondre, 9 heures plus tard, au mail que Poulet m'a envoyé ce matin. Je lui manque.
20h11. La page MSN Messenger comporte un encart "comment retrouver un ventre plat ? Dix conseils Machin". C'est vrai que j'ai des centimètres d'oreiller qui commencent à s'accumuler autour du nombril et des hanches. Avec un peu de chance, je pourrai plus facilement faire la planche dans le Pacifique cet été.
20h12. Je ne suis pas sûre que la bière soit ce qu'il y a de plus indiqué pour retrouver une taille de guêpe. Cependant, il est hors de question que je vide dans l'évier cette bouteille chèrement acquise (gratos) à l'apéritif du labo d'en face. La bière, c'est trop précieux.
20h14. J'aurais peut-être dû chouraver des bières à l'apéro pour ma fête demain.
20h18. Je crois que les apéros du vendredi soir ont lieu le vendredi soir parce qu'on n'est pas vraiment censé bosser après. Hmm. On va dire que les tomates cerise et les bâtonnets de carottes ont un peu épongé les quelques degrés de bière ingurgités.

20h26. Mine de rien, raconter sa vie aide quand même fort bien à tuer le temps. Si la salle informatique ne se trouvait pas être celle dans laquelle sont parqués les étudiants toute la journée et où chercheurs vont et viennent pour imprimer revues et articles, je pourrais bloguer plus souvent du labo. Méchant manque de bol, je ne suis quasiment jamais tranquille ici pendant la journée. Otho, un étudiant suisse qui "m'aime bien", a à peu près le même rythme de travail, occupe le poste jouxtant le mien, et aime regarder sur mon écran ce que je trafique /je fais exactement la même chose pour lui, comme ça je peux me moquer quand il lit le quotidien de sa ville de 23.000 habitants : "aujourd'hui, accident de voiture dans la rue de la mairie !"/ Quand il n'est pas là, il y a forcément un post-doctorant qui imprime des millions d'articles, un autre étudiant pour qui je ne veux pas être "celle qui ne bosse jamais et envoie des mails longs comme la barbe de Mathusalem", ou Anton qui me perturbe. Du coup, je relucte aussi énormément à envoyer des mails de nouvelles aux amis - comme je ne suis jamais motivée pour écrire des pages et des pages le soir après le labo, je deviens l'ingrate qui a oublié ses proches dès qu'elle a découvert l'Appenzeller.
20h40. O mi Dio, comme dirait Gabriele, le soleil s'est couché, la nuit tombe. Je suis la dernière à travailler ici et ça y est, il fait nuit, je suis définitivement perdue.
20h46. Mon timer a sonné, j'ai des lavages à faire, ma première manipulation touche à sa fin.
20h52 /j'ai une pause de 5 minutes pendant chaque lavage/ Dieu du Ciel, j'entends du bruit. Des pas pesants. Un cambrioleur qui cherche à chourer des machines à électrophorèse ? Un admirateur secret de ma ténacité au boulot ?

20h53. Ni l'un ni l'autre. Un thésard resté planqué dans la salle du microscope. Bordel, un témoin gênant. Il faudrait peut-être que je lui paie des bières pour qu'il oublie qu'il m'a vue et qu'il ne raconte pas à tout le labo qu'à 21h, j'étais encore là.
21h50. Le temps a défilé magiquement pendant que je manipulais, mes écouteurs sur les oreilles. J'aurais adoré beugler les paroles ou secouer mes hanches en rythme (le moment est venu de placer un Ou pas), mais le thésard bossant dans le bureau d'à côté je me suis contentée d'articuler silencieusement en tapotant du pied. Ce qui vaut sans doute mieux quand on écoute les tubes du dernier été, fournis par sa petite soeur et très utiles pour lutter contre les instants déprimants - au hasard : il est 20h, un vendredi, toute seule dans un labo, la loose. Des singles comme Infinity 2008 (le single qui par son titre s'auto-proclame tube de l'été... Le pire étant que ça fonctionne) qui me donnent invariablement, au bout de la 42ème seconde, l'envie d'enchaîner la passe tecktonik du gel dans les cheveux.

21h52. Ça fait un mois que j'ai envie de poser à Otho la question la plus importante du Monde.
Que je vous livre :
Est-ce que les Suisses connaissent la tecktonik ?
Parmi les deux réponses possibles, aucune n'est meilleure que l'autre. Oui, les Suisses connaissent la tecktonik : la tecktonik n'est donc plus cantonnée à la France mais a atteint un statut international. Bientôt, les jeunes Hong-Kongais (est-ce qu'il y a des jeunes à Hong-Kong ? La seule image que j'ai de Hong-Kong, ce sont des hordes d'Asiatiques en costume-cravate noir corbeau devant d'immenses buildings de verre) danseront eux aussi sur les titres des compil's siglées de l'aigle en faisant mine de s'enduire les cheveux de gel et d'avoir les genoux atteints d'une féroce envie de jouer des castagnettes. Non, les Suisses ne connaissent pas la tecktonik, ce qui n'est en soi pas si mal mais devrait m'obliger à mimer. Mimer la tecktonik devant des non-initiés, Suisses ou Allemands, risquerait d'atteindre gravement ce qui me reste de dignité.
22h. Le thésard quitte le labo en même temps que moi - en fait, j'ai plutôt dû le supplier de m'attendre pour ne pas rester seule - et me raccompagne à bord de sa Mercedes. /Être raccompagnée en Mercedes est une des choses que j'aime le plus au monde. J'adore les moteurs Mercedes. Même si penser au nombre de litres de pétrole que ça consomme m'ensevelit sous la culpabilité./
C'est à ce moment que le lecteur pige que la blogueuse ne peut pas décemment être simultanément assise dans une Mercedes et devant son ordinateur. Le lecteur non-occasionnel sait que je n'ai ni iPhone ni BlackBerry (beuh). Le lecteur a donc deviné que la fin est une sorte de fake-live-blogging. Ce dont en fait on se fout comme de la première branlette de Robbie Williams (quoique).
Mot allemand du jour : die Hummermaultasche (-n) = le ravioli au homard.

02:47 Publié dans J'adoooooore la Science | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : labo, tecktonik, blog, fake-live-blogging
05 avril 2009
Des seins partout
Je ne sais plus trop comment j'en suis arrivée là ; la semaine dernière, pendant que je discutais avec Anton, je lui ai révélé que pendant le développement foetal le tissu mammaire recouvrait tout le corps (discussion totalement glamour, pour continuer sur la lancée choucroute).
Ah si, je sais très bien comment c'est venu. /Accrochez-vous./ Mes carottes râpées n'étaient pas assaisonnées et me faisaient penser à de l'herbe, du coup je lui ai demandé s'il avait déjà essayé de manger du gazon (encore plus glamour que la choucroute, continue comme ça Laure) - bien évidemment, le gars m'a répondu que non (au cas où vous vous poseriez la question : oui, pour ma part j'ai déjà essayé, c'est original mais... désagréable (je dois être une des seules personnes majeures au monde à avoir déjà bouffé du gazon sans jamais avoir essayé de tirer sur un joint)).
La question suivante de votre Servitrice, adressée au pauvre garçon : imagine qu'il existe des gens nés avec plusieurs estomacs. Est-ce tu crois qu'ils peuvent s'en rendre compte ? (lien logique : manger du gazon - vache - plusieurs estomacs)
Réponse du garçon torturé : Heu... Je ne crois pas qu'il existe des gens avec plusieurs estomacs. Déjà, où est-ce qu'on mettrait un deuxième estomac ?
Bah, il y aurait la place si l'intestin ne se développait pas totalement... Et puis le foie pourrait se décaler un peu...
Ouais mais s'il y avait deux estomacs, il y aurait aussi deux coeurs, deux paires de poumons, et là ça commencerait à faire un peu gros !
Le bonhomme germanique avait-il fumé de l'Appenzeller ?
Ma conception du double estomac n'impliquait pas du tout un double de chaque organe ! Ce que je lui rétorquai. Avec un super argument : il y a bien des femmes qui ont trois seins...
Yeux ronds de l'apprenti virologiste.
Si si, je t'assure.
Oui mais les seins ne se développent pas en même temps que les organes internes !
Hmm, j'espérais que tu ne remarquerais pas la faille dans mon argumentation... HÉ, tu sais quoi ? À un certain stade du développement, les foetus sont recouverts de tissu mammaire, et après ça se désagrège pour ne laisser des seins que sur la poitrine !
Gné ? Où est-ce que tu as vu ça ?
Heu... (fille pas très fière) Dans Dr House...
Et là, affreux coup de théâtre : Anton refuse de me croire ! Pire, il refuse de croire 'Greg' !
Et argue du fait que c'est une série, que c'est le seul endroit où j'ai vu cette description, et que c'est tellement invraisemblable que les scénaristes ont dû se dire que les télespectateurs goberaient sans aucun problème.
J'ai bien essayé de sur-arguer, en lui rappelant qu'à la base on avait les doigts palmés, mais que la moitié du volume crevait de lui-même avant la naissance, nous laissant de jolis doigts ciselés, et que le phénomène était donc sûrement possible pour le tissu mammaire, mais le gus n'a pas voulu en démordre.
Moi, je sais bien que Dr House dit toujours la vérité (et ce cas était mon préféré de la saison 4).
Seulement, quand j'ai essayé de vérifier l'information, je n'ai rien trouvé. On dirait que les femmes enceintes ne se focalisent pas sur le tissu mammaire de leur futur gosse mais plutôt du leur, et de l'Avant-Après phénoménal que leurs mamelles vont devoir subir ; quelles égoïstes.
Y a-t'il un biologiste dans la salle ? Aidez-moi à prouver à Anton que Dr House a toujours raison !
(Et que lui aussi, dans le bidon de sa Mutter, a été recouvert de seins... Hin hin.)

22:39 Publié dans J'adoooooore la Science | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : vache, estomac, dr house, seins, appenzeller, foetus, anton
11 mars 2009
A life beyond
There's a life beyond the lab.
Ils disent tous ça. Et on les prend tous pour des péroreurs, du type fais ce que je dis, pas ce que je fais, prodiguant des conseils à la pelle mais acceptant de rester prisonniers jussqu'à des heures impossibles. Et on se dit que nous, on n'est pas comme ça, et qu'on sait bien qu'il y a une vie derrière.

Jusqu'au jour où on quitte le labo un peu avant 23h. Où le lendemain, en sortant alors que 18 heures n'ont pas encore sonné, on se dit Tiens, je sors tôt aujourd'hui... Où on ne se souvient plus de la dernière fois où le soleil brillait encore quand on a réintégré ses pénates.
Scheisse ! Alors, moi aussi, je vais devenir une no-life ? Ça ne m'embête pas tellement d'être étiquetée lab-addict. À vrai dire, je trouve plutôt ça... gratifiant. Être passionné par son travail, sacrifier ses soirées pour avancer, aimer son activité à tel point qu'on la fait passer avant tout le reste, c'est génial. Mais que se passerait-il si je le restais ? Parce qu'en ce moment, pour ce stage, ce n'est pas si grave de ne pas avoir de vie extérieure. Bah ouais. Traîner à l'appart' avec Étienne, alors que je ne sais toujours pas si oui ou non il a un raport avec Étienne G. (commentateur sur ma note du 4 mars) ? Voir des amis ? Mais ici je ne considère comme amie que Gabriele ; Armand n'est décidément pas mon ami, on s'est passablement éloignés depuis la soirée Erasmus ; Anton, ou les autres étudiants au labo, ne sont pas mes amis non plus - des amis feraient systématiquement attention à ne pas se raconter de blagues en allemand pendant des heures quand je suis dans la pièce (du moins, je suppute que ce sont des blagues... Allez savoir), des amis n'oublieraient pas de m'appeler pour aller déjeuner /je déteste être oubliée/.
Revenons à nos moutons : je me suis rendu compte qu'effectivement, je n'ai pas de vie en dehors du labo. Éberluée par le fait qu'Anton ne rentre que chez lui que pour dormir - et... regarder la tv, j'ai réalisé que de mon côté, je faisais pareil. Rentrer, allumer l'ordinateur, rattraper mon retard bloguesque, préparer mon dîner, dîner, appeler Poulet, regarder un épisode de Californication, dormir. What a life, man, what a wonderful life.

Et puis crotte hein, j'ai la vie je veux. Alors, me défoncer au labo (me défoncer en travaillant... Pas de sexe, pas de drogue (malheureusement ?)), pouvoir en sortir professionnellement quelque chose de bon, pourquoi pas. Je ne peux pas forcer les gens à être mes amis, je ne peux forcer personne à m'aimer - ce n'est pas faute d'avoir essayé, moi qui avait décidé de me battre pour tout ; je ne peux pas forcer les autres à avoir envie de me voir en-dehors du labo, je veux bien avoir une vie seule mais il faudrait que le soleil soit là pour que je puisse sortir un brin...

Je crois que je suis encore en train de chercher mon équilibre. Pas facile, quand on oscille entre deux vies (Suisse et labo, France et affectif), quand on est aussi sentimentalement instable (c'est pas ma faute ! J'ai cru pouvoir résister. Mais j'ai toujours les poils de bras qui se dressent quand il a les yeux (verts) qui pétillent, et je n'y peux rien...), quand on vient de se lancer dans l'univers qu'on connaîtra pour le restant de ses jours. D'ailleurs, c'est stupide, je ne veux pas trouver mon équilibre, ce serait ennuyeux /Et puis, vous savez : quand on est dans un train qui oscille latéralement et de façon imprévisible... Le seul moyen de ne pas tomber, ce n'est pas de chercher son équilibre, c'est d'avancer le plus vite possible/, alors pourquoi le chercher ? De toutes façons, je suis tellement lunatique que j'aurai changé d'avis dans trois minutes dans le fameux débat équilibre/pas équilibre.
Bref. Cet après-midi, épuisée à cause de la longue journée d'hier (prolongée par le fait que je devais arriver tôt ce matin), je profite d'une longue pause entre deux manipulations pour marcher dans les bois. La neige a presque totalement fondu et les cimes caressant le ciel anormalement bleu semblent bigrement vertes, les oiseaux cui-cuitent. Que s'est-il passé pendant mes quelques jours d'ermitage, le printemps se serait-il enfin pointé ? Au sol, des perce-neige, crocus et primevères. Preuve végétale qu'effectivement, sortir la tête des protéines peut valoir le coup, et que dehors, la vie continue. Même si ce n'est pas la mienne.

Comment ça, cette illustration finale n'a rien à voir avec la choucroute ?
23:26 Publié dans J'adoooooore la Science | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : labo, no-life, george clooney a une tête chelou quand il court, xena, je suis preque amoureuse de hank moody
30 janvier 2009
Bleu, Vert, Rouge
J'ai commencé pour de vrai. Ça y est ! Hier, j'ai balancé des virus grippaux sur mes cellules de poumon. Aujourd'hui, je suis partie à la recherche de ma protéine. NP est une protéine chargée - entre autres - d'emballer le génome du virus. Comme un emballage de Twix emballe... un Twix. Parce que le génome du virus, c'est comme un Twix : précieux, et le plus important dans ce qu'on achète. Un virus qui ne sait pas protéger son génome, c'est naze, parce que qui dit erreur dans le génome dit reproduction presque impossible (est-ce que j'ai besoin de dire pourquoi se reproduire c'est cool ?)
Donc, pour partir à la recherche de la fameuse NP, il faut balancer des anticorps dessus. Des anticorps qui font de la lumière verte - j'adore les trucs qui font de la lumière. Pour voir la lumière, il faut éclairer les cellules avec un rayon laser (mais si, vous savez, le truc avec lequel votre patron fait joujou pendant les présentations Power Point en pointant le crâne chauve de son n-1).

C'est très chouette.
Mais ça ne sert pas à grand-chose si on ne sait pas où se situe la lumière verte. Un peu comme si vous aviez faim, regardiez la carte des restaurants Courtepaille, mais ne saviez pas quelle sortie d'autoroute il faut prendre pour aller à la Courtepaille la plus proche.


23:42 Publié dans J'adoooooore la Science | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : twix, np, grippe, virus, labo, stage, immunofluorescence
29 janvier 2009
Sur la liste
Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas, dit le dicton - ou Pierce Brosnan dans Mrs Doubtfire.

Ce n'est pas vrai, évidemment. L'une des choses les plus importantes qu'on apprend en biologie c'est que dans la Vie, il n'y jamais de 100%. Il y a des gens qui ne changent pas, jamais. Ou il y a des gens qui changent en surface, mais restent les mêmes en profondeur.
Mais la majorité des gens, y compris les imbéciles, change... Ou plutôt, évolue.
Découvrez Lou Reed!
Cette évolution peut être naturelle, ou provoquée. Par des événements plus ou moins graves ou... d'autres gens. Tout comme certains reviennent transformés de leur voyage au Népal ou au Pérou, j'ai l'impression d'être façonné par certaines rencontres.
Pour moi, le titre "homme/femme de ma vie" (article en partie inspiré par aWa) peut être attribué à toute personne qui a changé notre façon d'être alors qu'on ne s'y attendait pas. En général, on s'attache à cette personne, sans vraiment savoir pourquoi au juste. Pas vraiment un(e) ami(e) ou un(e) amoureux(se) ; pourtant cette personne est spéciale et peut passer avant de vrais amis. Je crois que ce qu'on doit à une telle personne reste de longues années, voire toute une vie ; c'est le genre de personnes dont on sait qu'on dira à ses petits-enfants, Ah, lui... avec les yeux dans le vague et un petit sourire ancré à la joue.

Qué, qué, naturura, un jour tu verras...
Viens mon enfant, je vais te conter l'histoire de Pocahontas et John Smith !
Par (ma) définition, les hommes/femmes de ma vie ne sont pas nombreux.
Pour l'instant, je ne vois pas grand-monde : Romain(c'est sûr), Célimène, Ricardo (pourquoi pas), ma prof de génétique de l'année dernière ; ma grand-mère maternelle ; je ne peux pas compter Poulet, il ne rentre pas dans la définition. /Je suis sûre que j'aurais envie de rajouter plein de gens dès demain et que je me sentirai bête de ne pas les avoir comptés. On verra plus tard, donc./
J'ai comme qui dirait l'impression que ma liste va s'agrandir bientôt.
Je sens comme qui dirait une connexion particulière avec Anton, un des étudiants arrivé en même temps que moi. Je ne sais pas vraiment ce qui me fait dire ça, mais il y a un truc, pas encore définissable. Déjà, quand je le vois, je suis toujours de bonne humeur, ce qui n'est pas négligeable pour une fille qui s'identifie à Grincheux. Ensuite, il a toujours les yeux qui brillent, comme s'il était un peu fiévreux, j'adore ça (j'adore les gens avec l'air fiévreux... Qu'ils soient mômes, de mon âge ou grand-parents... Je ne peux pas tomber amoureuse d'Anton, il met du gel. Je ne tombe jamais amoureuse des garçons qui mettent du gel.) Et je sens que si je ne pousse pas la relation au maximum (moi, l'ermite sociale) je le regretterai longtemps - et amèrement. /Je crois que je viens de trouver un de mes mots préférés de la langue française, amer/amère. J'aime beaucoup garçonne, aussi./
Est-ce qu'on peut être amis sans parler la même langue ? Ma tante, française, s'est mariée avec un néerlandais et leur couple dure depuis... Mais quand on est amoureux, on a d'autres façons de communiquer aussi. L'amitié, ça passe quand même beaucoup par les paroles. /Là, je veux bien un témoignage de vraie amitié inter-nationalité, si vous avez ça sous la main./
J'essaie un peu de comprendre pourquoi c'est tombé sur lui.
Je pense qu'il y a de grandes chances que je me plante et qu'Anton régresse de mon point de vue au commun des mortels. Qui sait...
***
À part ça, quelques nouvelles pour poursuivre sur les billets précédents :
J'ai eu mes cellules ce soir. J'ai pu me faire deux boîtes de Pétri (cf. note précédente) pour les cultures et une boîte pour les expériences. Je pourrai les infecter avec mes virus demain matin. Enfin !!
Quand je disais que les chercheurs de ce labo y passaient leur vie, j'étais encore en-dessous de la réalité. Tout à l'heure, Kazuo me sort Ah, ces résultats-là, ça vient de l'expérience que j'ai menée dimanche. Tu étais au labo dimanche ? (interloquée, j'étais) Bah oui, je t'ai envoyé un mail à 22h ! Résultats des courses : Kazuo était au labo dimanche de midi à 23h.
Discutant avec Anton et Gabriele, on plaisante sur le fait qu'on devrait voler des coussins à la caféteria pour pouvoir dormir dans notre salle. Et là, magistralement, intervention d'Anton : sinon, il y a le canapé au troisième étage... j'ai dormi là, la fois où j'avais une expérience jusqu'à 3h30. Votre Servitrice (moi) : 3h30... in the morning ? (interloquée, j'étais de nouveau). Hé oui. Je vais bientôt pouvoir amener mon sac de couchage au labo.
00:09 Publié dans J'adoooooore la Science | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : labo, stage, chercheur, recherche, chemise à carreaux, anton, kazuo
26 janvier 2009
Good night... and good luck
Je me suis rendu compte ce soir que j'avais raté un truc énorme au labo. À Armand, qui se plaignait de sortir tard le soir, vers 18h30-19h, j'ai répondu que pour l'instant, comme je ne manipulais pas, je sortais plus tôt, vers 17h30, mais quand je manipulerais je sortirais sans doute à la même heure que lui.
C'était pendant ma pause, l'échappée que j'avais prise sans demander la permission à qui que ce soit. Kazuo venait vraiment de me saouler. Je ne manipulais pas encore parce que je devais avoir une introduction au travail avec les virus ; introduction que j'ai eue ce matin-même. Pour étudier le virus, il faut des cellules, une responsable nous en avait donné jeudi. Je vais voir Kazuo pendant qu'il entretiens les siennes, il a presque fini ; il met dans un tube le surplus de cellules, dont il ne se servira plus. Est-ce que la responsable t'a donné des cellules ? Oui, mais je vais vérifier qu'elles sont toujours là... J'ouvre l'incubateur et retrouve mes cellules. Kazuo jette donc son tube inutile. Au moment où je rouvre l'incubateur pour remettre ma boîte de cellules : Oh, tes cellules étaient stockées dans l'incubateur utilisé pour les expériences, d'habitude il faut les mettre dans celui utilisé pour la culture... Là, il prend l'air embêté qu'empruntent les lâches quand ils savent qu'à cause d'eux, on est un peu dans la merde. (Connaissant pertinemment la réponse (bis), je lâche un :) Je dois les jeter, c'est ça ? (air embêté, le retour) Je préférerais, oui. (Connaissant pertinemment la réponse (bis), je tente un :) Quand est-ce que je pourrais prendre de tes cellules ? Il faut attendre qu'elles se divisent... Jeudi...
Argh ! J'aurais pu commencer mes manipulations aujourd'hui s'il avait regardé d'où je sortais mes cellules, ou juste attendu trois secondes de plus pour jeter son tube. M'énerve ! M'énerve ! Je pourrai commencer jeudi ; jeudi, mon 9ème jour de stage. Merci Kazuo, c'est pas que je m'emmerde à ne faire que lire des articles, mais un peu quand même, tu vois.
Ah non je me goure ! Ça, c'était la bourde de ce matin, avant que je doive partir en réunion super chiante en banlieue.
Cet après-midi, pendant que je digérais la peine prolongée au purgatoire, l'horrible réunion et mon sandwich au saumon, je vais voir Kazuo pour lui demander de la lecture puisque je n'avais que ça à faire. On discute de mon projet, tout ça, il rechigne à me passer son Power Point explicatif (m'énerve !), puis il me dit que dans quelques minutes il va procéder à l'injection des ARN dans les cellules et qu'il m'appellera pour que je puisse regarder. Je réintègre mes pénates, ou plutôt la salle informatique dans laquelle les étudiants doivent se faire une place et commence à lire, quand Petra, une fille (trop) parfaite comme je n'en avais jamais connue (jolie, blonde, les yeux bleus, mince, toujours souriante, toujours à l'aise, toujours gentille, et forcément intelligente puisqu'elle est en thèse ici), vient me proposer un goûter à base de muffins avec les autres (je vous l'avais dit : (trop) parfaite), dans la salle à côté. La porte est à 1m de la porte de ma salle habituelle.
Au bout d'un quart d'heure, toujours pas de Kazuo. J'ouvre la porte de la salle de culture cellulaire : il est là, en train de manipuler. Je passe ma blouse et entre dans la salle. Regard gêné de Kazuo. Tu as déjà fini, c'est ça ? Oui, je viens juste de finir.
Râââââh mais achevez-le, bon sang de bonsoir ! Il n'est jamais là quand j'ai besoin de lui et il n'est même pas fichu de venir me chercher comme il l'avait promis !
M'énerve !

(Revenons à nos ovins.)
J'aime bien aller voir Armand, parce que je peux sortir par l'arrière de mon bâtiment pour rejoindre le sien, à deux pas ; l'arrière du bâtiment touche le bois. /Oui, on le saura que tu aimes les arbres et la Nature... Arrête de nous les briser.../
Beaucoup de chercheurs de son équipe parlent français. On discutait depuis 10 minutes quand un gars arrive et sort à Armand, d'un ton vindicatif et avec un accent français à couper au couteau : Who is she ? Oh, c'est une amie de la fac qui fait un stage en même temps que moi, répond Armand. Je suis dans l'unité de Gros Lapin, juste en face, ajoute-je. Et là, le gars lui sort qu'Armand aurait pu l'informer, qu'il doit savoir exactement qui est présent dans le bâtiment, qu'il y a des gens qui viennent voler des choses, que même si c'est son grand-père qui vient le voir, Armand doit le prévenir. Primo, qu'est-ce qu'il y a à voler ici, à part des pipettes et des bactéries ? Qui viendrait voler des trucs pareils, on a les mêmes en face ? Deuxio : est-ce que j'ai vraiment une tronche à venir subrepticement chouraver des boîtes de Pétri ?
(une boîte de Pétri c'est ça : )

Revenant à mon propre boulot, je découvre que je peux accéder aux ordinateurs avec le mot de passe que m'a donné l'Université. Chouette. J'installe Chrome sur l'ordinateur uniquement doté d'IE (IE = Evil) (et ça faisait un bail que je voulais tester Chrome) et je commence des recherches Internet parallèles à mes lectures.
Le temps passe, je trouve des bons articles, j'aimerais aller demander des renseignements à Kazuo mais je sais très bien que dans ce domaine il en sait autant que moi (et puis il m'énerve trop). Je me rends compte que la femme qui donnera une conférence jeudi prochain dans mon bâtiment, qui vient de Jussieu, a écrit un article centré exactement sur les papiers qui m'intéressent en ce moment.
Le temps passe, je vois Anton mettre son blouson. Tu pars ? Non, je vais chercher à manger.
Un groupe de chercheurs passe dans le couloir. On vient chercher à manger, tu viens ? Non, je vais partir bientôt je pense... L'ordinateur indique 18h45. Je viens de battre mon record.
Je décide d'attendre Anton pour partir. Gabriele s'en va, étonnée que je reste aussi longtemps ; pour une fois, j'ai envie de finir ce que j'ai commencé.
Anton revient en même temps que le groupe de chercheurs. 19h20. Bah ? Pas encore partie ?
Finalement, je quitte le labo à 19h45. Dehors, il fait nuit noire. Anton et quelques autres sont restés, penchés sur leurs ordinateurs ou leurs papiers.
Sur le chemin, je croise Kazuo, portant fièrement un sandwich et un Coca.
C'est donc ça qui m'attend ?
Arriver au labo à 9h a.m., en repartir à 9h p.m. ?
Lire, manipuler, lire, manipuler, une demi-heure pour déjeuner, on recommence, on prend un sandwich, on recommence, on rentre chez soi pour se coucher et... On recommence encore ?
Dieu du Ciel ! Je comprends maintenant pourquoi plein de chercheurs soutiennent qu'une vie de chercheur est incompatible avec une vie de famille.

(heureusement que l'arrivée du fils dompteur de dragons de Ricardo est là pour me fournir un contre-exemple)
22:02 Publié dans J'adoooooore la Science | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : labo, kazuo, armand, stage, recherche, vie de chercheur, chemise à carreaux
24 janvier 2009
Alpinisme
Les différentes relations entretenues avec les gens du labo m'avaient fait oublier la drogue du chercheur.
Une drogue sans danger, qui fait planer haut, très haut, pendant plusieurs jours, qu'on ne fait ensuite que chercher à retrouver :
les résultats !
Mettre au point des expériences, essayer de deviner le pourquoi du comment, réaliser les expériences - parfois sur plusieurs jours, plusieurs semaines... La recherche, c'est un peu comme escalader une montagne (attention, je m'enflamme). Pour arriver au sommet, il faut en chier (bonjour à la personne arrivée ici en tapant "apprendre à chier"), mais c'est déjà une partie du plaisir.
D'ailleurs, Poulet m'a dit que la concierge de la cousine germaine de son meilleur poto Freud avait dit que le plaisir ressenti en faisant caca était égal à un tiers d'un orgasme.

La question est maintenant, parlait-il de l'orgasme masculin ou féminin ? Dans le dernier cas, vaginal ou clitoridien ? (Le point G existe-t'il vraiment, ou comme J. me l'a fait supposer n'est-il qu'une pure mystification inventée par le mâle en rut pour pouvoir trifouiller dans la cave ?)
Et Sigmund a-t'il énoncé sa théorie un lendemain de repas bio et équilibré, ou bien après avoir mangé une raclette ?
Revenons à nos moutons...

Depuis quelques jours, au labo, je m'ennuyais un peu ; je n'ai pas encore l'autorisation de manipuler des virus, je dois attendre de subir une formation, la semaine prochaine. J'assiste à toutes les présentations et conférences données dans l'unité, je lis des articles, je suis l'assistante personnelle de Kazuo pour ses manipulations en cours - ce qui lui permet de vérifier ce que je sais, de m'apprendre à manipuler comme il faut, et ce qui me permet à moi de comprendre ce qu'il fait.
Vendredi soir, révélation d'un Western-Blot qu'on avait commencé mercredi. Une seule manipulation en cours donc, et ce qui prend le plus de temps ne sont pas les étapes mais le temps d'attente entre chaque (entre une heure et deux heures et demie).
Enfin, dans la chambre de révélation (avec la faible lumière rouge donc... Toujours aussi gênant), l'impression photo sort. Cinq bandes noires au même endroit, de plus en plus grandes, le genre d'images qu'on voit dans les vrais articles scientifiques.
L'adrénaline monte, ce qu'on observe est bon, très bon, l'hypothèse de Kazuo est en bonne voie d'être vérifiée, toute la manip' n'a pas été inutile.
C'est aussi un pas dans la connaissance qu'on recherche. À la base, une question. Élaboration de manipulations pour essayer d'y répondre. Un résultat arrive, (on est en bonne voie, c'est génial,) apportant lui aussi d'autres questions...
Ce qu'on observe est-il bien dû à ce qu'on pense, ou bien est-ce une réaction de défense de la cellule, pas très contente de se faire infecter ?
Pour l'un ou l'autre : pour quoi ? Comment ?
Ce qui amène toujours à d'autres expériences...
Le cercle virtueux de la drogue !

20:28 Publié dans J'adoooooore la Science | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : recherche, kazuo, freud, caca, raclette





