05 septembre 2009

Un pseudo-prophète

Maria, mon amie étourdie (je peux l'appeler mon amie étourdie, même si vous n'en savez rien), m'a proposé vendredi dernier d'aller au cinéma. Vendredi dernier : tête dans le pâté. J'ai la tête dans le pâté. Décalage horaire. Veux dormiiiiiir. (Hiberner était aussi une option.) Dimanche ? Finalement, dimanche, pas rappelé (ni elle, ni moi). Alors lundi.

[Je paie avec un ticket Tick'art. Si vous résidez en Région Île-de-France, et êtes lycéen, apprenti, ou en formation dans un organisme financé par la région (mais âgé de moins de 25 ans) : vous connaissez Tick'art ? Le principe : 6 sorties pour 15 euros. Enfin, presque. Si on détaille : un ticket pour un festival, un ticket Scènes (concert, théâtre, danse), un ticket ciné (dans un cinéma d'art et d'essai par contre... Pas dans un ciné de grande chaîne), deux tickets expos (un pour vous + un invité), et un bon d'achat de 8 euros pour un bouquin. Pour information, le ticket Festival peut être utilisé pour acheter une place journée à Rock-en-Seine par exemple... alors que le tarif normal pour une place est de plus de 40 euros.]

Elle m'emmène voir Un Prophète. Il paraît que c'est ouf. Les critiques sur Allociné sont excellentes, je n'ai jamais vu un tableau aussi rempli d'étoiles. Confiante.

Je dois dire... que ce film m'est passé totalement à côté de la tête. "Ouf" ?

Les raisons pour lesquelles les gens ont aimé ce film vous seront exposées par ceux... qui ont aimé le film.

Moi j'ai pas aimé.

J'ai trouvé ce film inutile. Le titre annonce... un prophète, non ? Pour moi, un prophète est quelqu'un qui annonce. Malik (oh, j'aime la façon dont sonne ce prénom) n'annonce rien. Malik est en prison pour 6 ans et il tente de tirer son épingle du jeu... c'est tout. Quitte à passer un certain temps sur la case malfrat, bandit, truand. Oh si, il annonce la biche, pardon.

Un prophète - 1.jpg
Oh ! De la lumière !

Je ne pense pas non plus que ce film apporte une prise de conscience des conditions de la vie carcérale. Rien de neuf, pour ceux qui ne s'étaient pas imaginés que vivre en prison ressemblait grosso modo à vivre enfermé dans son appartement.
Prise de conscience de comment est vécue la vie carcérale, alors. Je concède. Le plus terrifiant dans ce monde-là me semble l'absence totale de choix. À son arrivée en prison, Malik peut être considéré comme une victime ; sans ami, sans appui, et sans connaissance du milieu, il subit. Au fur et à mesure, Malik acquiert un peu de pouvoir, mais pas de choix (ou presque). Donc, au cours du film, Malik passe du statut de victime à celui de pseudo-maître du jeu, sans choix. Ce qui me gêne : Malik ne m'a jamais été sympathique. Ce n'est pas parce que quelqu'un vit dans des conditions affreuses qu'il devient quelqu'un de bien.
Le film ne peut pas se faire passer pour un film d'initiation (est-ce que ça se dit ? Roman d'initiation, film d'initiation ?), puisque Malik apprend les règles et à en jouer pour s'élever ; mais dans un monde à part ; une initiation se doit de servir pour la vie à venir. Les règles apprises doivent être celles du monde dans lequel tu t'apprêtes à vivre. Le film donne l'impression que Malik a été initié, a compris, s'en est sorti, et va s'en sortir. Donc on a soit une vision ultra-pessimiste de notre société, soit un message à côté de la plaque.

Le jeu de Tahar Rahim est bon ; j'ai beaucoup plus aimé celui de Niels Arestrup, qui peut se montrer à la fois plein de dignité ou pourri jusqu'à la moelle. Toujours juste.


CineMovies.fr

Un Prophète sur CineMovies.fr

 

Je n'ai pas apprécié les "effets" du film. La vision crue de la prison (plans plutôt lents dans les cellules, notamment), sans effets, plus documentaire, m'a fait meilleure impression... J'ai trouvé que les quelques effets de saccades, de ralenti, gâchent. De même pour la lumière : sans recherche d'effets intellos, parfait.

(En revanche, la bande-son est chouette.)

 

Enfin, le hic pour moi majeur : le ressenti du temps. Malik est coffré pour 6 ans et le film s'allonge sur toute cette durée ; franchement, les seuls points qui permettent de sentir le passage de tant de temps, ce sont les passages montrant les Actualités à la télé. C'est peut-être le but ? Que le seul référentiel de temps soit apporté par l'extérieur ? Mais on ne sent pas le temps long. Les jours censés être interminables, résumés à quelques minutes ; les années s'écoulant entre les différents acquis/changements de situation/évolutions de Malik.

 

 

Bref. En réfléchissant au film quelques jours plus tard, mon opinion s'adoucit. Mais je ne comprends toujours pas le foin qu'on fait autour de ce film. Je sais que Maria et ses amies ont été grandement impressionnées par les scènes de violence, devant lesquelles j'étais à peu près stoïque (effet secondaire du jet-lag : rendre insensible devant un bain de sang ?). Ceci explique peut-être cela... Si je reste imperturbable face aux scènes "percurtantes", je ne suis peut-être pas apte à être sensible au reste.

Niels Arestrup.jpg

Commentaires

Et si la prison n'était qu'une image pour illustrer le monde dans lequel on vit. Le prophète n'est donc pas le personnage principal mais le film lui même qui nous annonce la réalité sur notre monde actuel (ou à venir si on continue ainsi). Et la présence de la TV pourrait montrer la main mise des média télévisuel sur la vision que nous nous faisons du monde, et notre incapacité à regarder par nous même. Nous nous laissons alors "victimiser". Ce film annoncerais alors peut être qu'il est temps de se prendre en main, d'arrêter de se faire manipuler, de ne plus jouer aux victimes. Que tout n'est qu'une question de choix. Être ou ne pas être victime telle est la question ultime...

Bon j'ai absolument pas vu le film, j'en ai juste un peu entendu parler. Tout ce que je dit c'est juste en réaction à ton résumé, mais je suis sûr que c'est mon explication la plus bonne ^^

Ecrit par : DaWeeD | 05 septembre 2009

Bon, j'vais pas faire un super com comme Daweed. Juste dire que ce film ne me tente pas du tout donc ton avis me conforte là-dedans!

Ecrit par : Thé Citron | 06 septembre 2009

je suis un peu moins sévère que toi. Ce film ne m'a pas boulversée ni touchée mais je trouve que c'est un beau film : qui évite les écueils et les clichés et ose montrer un personnage principal compliqué et antipathique.

Ecrit par : lili est insolente | 07 septembre 2009

DaweeD> En fait, là tu as sorti une sur-interprétation de mes propres commentaires et interprétations... Donc ça en devient *légèrement*capillo-tracté :)

Thé Citron> Pourquoi est-ce qu'il ne te tente pas ? Je n'en avais entendu que du bien partout...

Lili> Justement, je n'ai pas trouvé que le film montre Malik compliqué... Ni que le réalisateur assume de le rendre antipathique. Par exemple, la scène en "classe", avec "canard, canard" : Malik est plus montré comme un enfant, quelqu'un qui ne peut pas choisir.

Ecrit par : Laure | 10 septembre 2009

La BA ne m'a pas touchée, ptêtre un peu trop de violence (suis chochotte des fois) et l'image trop dans les tons froids.
Et l'humeur aussi... J'suis pas dans une humeur à voir ce genre de films.
Voilà tout!

Ecrit par : Thé Citron | 10 septembre 2009

La BA ne m'a pas touchée, ptêtre un peu trop de violence (suis chochotte des fois) et l'image trop dans les tons froids.
Et l'humeur aussi... J'suis pas dans une humeur à voir ce genre de films.
Voilà tout!

Ecrit par : Thé Citron | 10 septembre 2009

J'avoue que j'hésite à aller le voir. Peur que ce soit vraiment très violent, surtout psychologiquement. Et puis ça m'énerve quand on fait autant de battage autour d'un film.

Ecrit par : Luciole en couleurs | 14 septembre 2009

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