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13 avril 2008

L'amour, la mort, toujours, encore.

[Ce titre pourrave est un super poème que j'ai inventé il y a 5 ans, pendant la période dont je parle ci-dessous.]

 

 

podcast
 Go on - Jack Johnson

 

 La colo, c'est une sorte de mini-vie hyper condensée. On fait connaissance, on se fait des amis, on fait plein de trucs, on vit 100 fois plus fort, on tombe amoureux, et à la fin on se quitte tous. En se promettant de se revoir, mais on ne le fait jamais, ou presque.

En 2002, j'étais jeune et belle je suis partie à ma première colo. Oui, c'était un peu tardif, mais j'avais du mal à quitter les jupons de ma mère. Du coup, je suis allée au centre aéré jusqu'à l'été entre ma 6ème et ma 5ème... Légèrement honteux de se retrouver avec des gamins de 8 ans à faire des Kappla quand on est déjà chez les Grands. Trois étés plus tard (je ne suis pas retournée au centre aéré entre-temps, rassurez-vous), j'ai enfin eu le courage de choisir le moins pire : une colo scientifique. Un organisme super cool (mais aujourd'hui un peu sur le déclin face à des concurrents envahissants) me proposait trois semaines dans les Cévennes à observer les crevettes, le vautour fauve, les plantes carnivores. J'ai dit oui, et j'ai passé les mois qui me séparaient de ma première colo à me moquer de l'endroit super paumé et du vautour fauve.

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Hé, salut ! Ça faisait longtemps qu'on s'était pas vus, on va se prendre un ver ?
(... Oui je sais)
 (Photo : Didier Collin) 

Mal m'en a pris, parce que c'était plus que génial. Dans le Top Five des meilleures vacances de ma vie, je dirais. Des super potesses, des rigolades, des amoureux à la pelle (35 mecs pour 5 filles : qui dit mieux ?) mais malheureusement pas celui que je voulais, un thème Star Wars hyper suivi par les monos, plein de gens qui me disaient que j'étais cool, des boums, une expéd' camping où j'ai vu le fameux vautour fauve et des chenilles et tout ça, des chamallows grillés et du camping dans une maison abandonnée... La moitié de toutes les premières fois d'ado, quoi.

Après ça, y en a avec qui j'ai gardé contact. J'écrivais régulièrement à une des 4 filles que j'avais connues là-bas. Elle était fan de Britney Spears et rêvait d'un piercing au nombril, et sa potesse était fan de chevaux et super chiante. J'ai failli aller chez une autre en vacances, mais mes parents m'ont estimée trop jeune pour faire Paris-Perpignan en train toute seule. Elle était fan de poésie et de J-J Goldman, portait les sweats de son grand frère et avait commencé à écrire un roman.

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À votre avis, dans un Spears vs. Goldman, qui remporterait le combat ? 
 
 

J'ai aussi découvert l'astro, le bonheur d'observer les étoiles et les galaxies à 30 cm du garçon dont on est hyper secrètement amoureuse [je viens de me rendre compte que tous les mecs avec qui je suis sortie aimais l'astronomie ! C'est fou], d'essayer d'attirer son attention en m'aspergeant de parfum Yves Rocher à la pêche, tout ça tout ça.

J'ai essayé de garder contact avec lui par lettres, mais il a du prendre peur tellement je le harcelais. Pour 5 que je lui ai envoyées, je n'en ai reçu que deux, ce qui était somme toute un joli score.
Par contre, un de mes admirateurs m'a écrit, et j'ai gardé contact avec lui. Il habitait Grenoble, kiffait la robotique et portait de grosses lunettes. Il avait une tronche d'informaticien mais était vraiment super gentil. [En plus, il m'envoyait des cadeaux pour mon anniversaire !]

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Oué-heu, il avait mon âge tout de même... Je sais que je suis jeunette, mais quand même... 

 

On s'écrivait régulièrement, des lettres et des mails. Puis un peu moins, on ne s'était pas vus depuis un certain temps, mon mail ne marchait plus avec Hotmail, j'ai rechigné à lui donner mon numéro de portable. 

À chaque gros événement, les vacances, Halloween, Noël, son anniversaire, Pâques, et on recommence, depuis 2 ans je crois, je me disais qu'il fallait que je lui écrive, lui donner des nouvelles, reprendre des siennes. Finalement, j'avais toujours la flemme.
Jusqu'à son anniversaire, en mars.  Je lui ai  dessiné une petite carte rapidement, écrit quelques mots pour prendre des nouvelles, et posté le tout le jour même de son anniversaire, un dimanche.  La carte a du arriver avec deux jours de retard.

La même semaine, Léa a envoyé des cartes à des amis de Guadeloupe, dont un type avec qui elle voulait reprendre contact alors qu'ils s'étaient perdus de vue il y a looooooongtemps (mais à l'époque, il était beau).

Du coup, on s'était dit que si le mien répondait, le sien répondrait, CQFD. 

Le mien n'a pas répondu. Le sien non plus.

Sauf que le mien s'est suicidé une semaine avant de recevoir ma carte, je l'ai appris ce week-end.

 

Ce qui est horrible, c'est que je me disais que s'il répondait à ma carte, on pourrait peut-être se revoir. Cinq ans après, je suis sûre que je me serais fait un ami (je veux dire, plus qu'un correspondant) à Grenoble.  

Non, ce qui est horrible, c'est qu'il se soit tué... 

Commentaires

Oh, putain.

Je ne sais pas quoi te dire, je te dis, un bisou pour toi, et puis voilà.

Ecrit par : Mlle Crapaud | 13 avril 2008

Le suicide réussi est horrible pour les survivants, pas pour le suicidé.

Le suicide représente une atroce souffrance pour le suicidant. Je sais je ne devrais pas le dire, mais c'est une façon d'en sortir.

Ce n'est pas la meilleure. la Psychiatrie avec la panoplie d'antidépresseurs et des Thérapie Cognitivo-Comportementales (TCC), voire l'Electro Convulsivo Thérapie (ECT=Electrochocs) en viennent maintenant à bout dans pratiquement 100% des cas. Mais le diagnostic de dépression n'est pas fait ou est souvent tardif, seulement un dépressif sur deux est correctement soigné. La psychiatrie est très peu et très mal enseigné aux Médecins Généralistes.

Devant le suicide les survivants ont tendance à culpabiliser.

Ne culpabilise pas, tu n'y est pour rien.

Il ne souffre plus.

Ecrit par : Dr Sangsue | 13 avril 2008

Je comptais te féliciter pour ta méga blague avec les vautours, mais bon, là...

Je ne sais pas trop quoi dire, si ce n'est que je suis vraiment désolée.

Ecrit par : Rima | 14 avril 2008

Il est atroce ce post.
On sourit en lisant tes souvenirs qui sont aussi un peu les nôtres, on pense à plein de choses auxquelles répondre, et on attend la chute, et la chute arrive, terrible.

Bisous.

Ecrit par : aWa | 14 avril 2008

Oh p*tain !

Au début, je me disais que cet article était super joli, j'ai rigolé sur quelques expressions.
Mais la fin est atroce...

Courage.
Bise.

Ecrit par : Headbanging | 14 avril 2008

c est terrible ! J imagine très bien ce que tu peux resentir ! en fait il n y a pas de mots, si ce n est "courage"

Ecrit par : Lénia | 14 avril 2008

J'allais faire un comm a base humoristique mais quand je lis la chute ben... Je me dis qu'il y a des moments où vaut mieux d'abstenir de plaisanter.

Ecrit par : PinkLady | 14 avril 2008

je suis un peu comme les autres, au début je voulais te féliciter pour ta blague sur les vautours (ce que finalement je viens quant même de faire) mais c'est vrai que je ne m'attendais pas à la fin.

Je compatis. il y a quelque temps, j'ai appris la mort d'un ami que je n'avais pas vu depuis 10ans. Ce n'est pas vraiment pareille que ton cas, je ne voulais pas reprendre contact avec lui...

En tout cas, bon courage...

Ecrit par : daweed | 14 avril 2008

Un seul mot : courage ...

Ecrit par : Marieand | 14 avril 2008

Ah oui...
sinon très bonne blague sur les vautours ! Et je sais, le contexte est mal choisi, mais moi aussi j'adore l'astronomie ;) (en plus c'est vrai !)

Ecrit par : granvork | 14 avril 2008

Mlle Crapaud> Merci pour le bisou !

Dr Sangsue> Je le sais bien, qu'il ne souffre plus. Sauf que pour moi, la mort c'est pire que tout : c'est fini, totalement fini, plus d'espoir. Quand j'ai appris qu'il y avait une mauvaise nouvelle de son côté, j'ai espéré prison, hôpital, hôpital psychiatrique. Au moins, il serait vivant... Et comme tu le dis, une dépression, on peut s'en sortir. (Je savais que ses parents voulaient qu'il voie un psy, mais je ne soupçonnais que c'était à ce point-là - il avait toujours éludé le "pourquoi".) Là, il est mort, et c'est pire que tout... Je ne dirai pas qu'il avait toute sa vie devant lui, mais il lui en restait un énorme morceau. Et parce qu'on n'a pas su l'aider, il n'est plus là... Comment est-ce qu'on peut ne pas culpabiliser après ça ?

Rima> En y réfléchissant, je me demande même comment j'ai pu faire une blague avec les vautours. Écrire a du me distraire....

aWa> Merci pour les bisous. En commençant cette note, je ne pensais pas décrire autant la colo - plutôt la manière dont ça m'a été annoncé. Mais en me replongeant dans mes souvenirs, j'ai trouvé le coup de la colo comme mini-vie, et ça me semblait approprié...

Headbanging> Oui, moi aussi je trouve que la fin est horrible :-/ Mais ça retranscrit plutôt bien la réalité.

Lénia> Merci...

PinkLady> Bwof, y a des moments où ça pourrait passer. D'ailleurs, Pierre D. disait bien qu'on pouvait rire de tout. Pas avec tout le monde, c'est l'arête dans le filet... Et avec moi, c'est clair que c'est plus dur de rigoler de la mort - et encore plus du suicide - et encore plus dans ces circonstances !

Daweed> Pour moi, c'est unpeu plus que du vague-à-l'âme, de la nostalgie en pensant à un ami d'il y a longtemps. Je sais que le mec est resté bloqué sur moi longtemps et qu'il avait envie de me revoir - et j'imagine, d'après ce qu'on m'a dit, que le fait qu'on s'écrive était une des choses qui lui plaisaient le plus. Je me demande beaucoup ce qui se serait passé si je n'avais pas eu la FLEMME de lui écrire, voire de le revoir.

Marieand> Moi aussi, un seul : merci. Ça fait du bien de savoir qu'on est soutenu.

Granvork> Vous êtes beaucoup à aimer l'astro, tu sais ! Poulet a d'ailleurs été converti par mes soins... Pas qu'il n'aimait pas, juste parce qu'il n'y connaissait pas grand-chose.

Ecrit par : Laure | 15 avril 2008

en toute honnête, ça n'aurait pas changer grand chose que tu lui écrives ou pas. Il y a des personnes entouré, aimé, qui ont une femme des enfants,un job qui leur plait... et qui se suicide quant même.
C'est un comportement vraiment complexe, qu'on ne peut pas expliquer ou prévoir à l'avance. Les proches des suicidé se reproche souvent de n'avoir rien vu venir, de n'avoir pas agit, de se rendre coupable du passage à l'acte. mais le seul coupable c'est la personne qui se suicide (ou plutôt la dépression)

On peut trouver 1000 raisons pour expliquer un suicide, mais aucune d'entre elle ne sera juste.

Ecrit par : daweed | 15 avril 2008

Bon... Qué quoi dire? Je pense à toi, et non, ne culpabilise pas. Je sais ce que tu veux dire quand tu parles de la mort comme fin de tout. Pour tenir le coup il faut peut-être se dire que pour certains la mort c'est une promesse de repos... je ne sais pas.
Tiens le coup en tout cas. Bisous.

Ecrit par : sailor banana | 15 avril 2008

Voilà le peu de chose que je connais sur le sujet :

La Dépression touche 10% de la population Française.

Le suicide réussi ne survient que chez 1 % des Dépressifs.

Il ne faut pas confondre tentative de suicide et suicide réussi.

Schématiquement, il y a deux types de Dépressions :

- Dépression réactionnelle qui fait souvent suite à un trouble anxieux ou dû à un mode de vie difficile.
- Dépression endogène liée à un trouble de l'humeur (Troubles Bipolaires, qui représente 3 % de la population Française).

Le taux de suicide dans le deuxième cas (Troubles Bipolaires) est dix fois plus élevé (malade pas ou mal soignés).

Dans tous les cas, il s'agit d'une maladie au terme du DSM IV...

Encore faut-il que le(les) diagnostic(s) soit(ent) faits et qu'un traitement médicamenteux et psychothérapique soient correctement menés.

Autrefois, on pendait les suicidés en place publique.

Il n'y a pas si longtemps, ils n'avaient pas droit à une messe d'enterrement.

Comme si c'était la faute du suicidé d'être malade !

Et si le suicide ne réveillait pas notre angoisse de mort ?

Ecrit par : Dr Sangsue | 16 avril 2008

Mais c'est atroce ! Une note légère (moi aussi j'ai plein de souvenirs de colos, des moments très chouettes en général), une chute terrible. Ca a dû te faire un sacré choc. Tu l'as su comment ?

Ecrit par : Luciole en couleurs | 22 avril 2008

Luciole> Oui, c'était assez rude. Sa mère a laissé un message sur le portable de mon père, qu'il a écouté avec haut-parleur devant moi, lui demandant de la rappeler hors de ma présence parce qu'il était arrivé quelque chose d'assez grave à son fils... Je n'ai pas revu mes parents jusqu'au lendemain, j'ai eu le temps d'envisager toutes les possibilités. C'est ma mère qui me l'a dit.
Mais je ne sais pas grand-chose ; la date, je l'ai vue sur Internet (il y a l'annonce de son décès) ; je ne sais pas comment il l'a fait...

Ecrit par : Laure | 22 avril 2008

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